Images de guerre sur le casque : le TAS valide l’exclusion de l’Ukrainien Heraskevych et invoque un principe « sacré »

C’est une décision qui fera date dans la jurisprudence sportive olympique. Saisi en urgence pour statuer sur le cas du skeletoneur Vladyslav Heraskevych, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a rendu son verdict ce vendredi. L’instance a dû trancher entre le respect de la neutralité politique et la volonté d’un athlète de rendre hommage aux victimes de la guerre dans son pays, confirmant une disqualification qui prive l’Ukrainien de la compétition à Milano Cortina.

L’espoir de voir Vladyslav Heraskevych s’élancer sur la piste olympique s’est définitivement éteint après une audience marathon de huit heures. La chambre ad hoc du TAS a rejeté l’appel du skeletoneur de 27 ans, qui contestait son exclusion du programme olympique décidée jeudi par la Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton.

Au cœur du litige se trouve un équipement spécifique : le casque de l’athlète. Celui-ci, baptisé « casque du souvenir », arbore des images représentant des athlètes tués depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022. Pour les instances sportives, ce design contrevient aux règles strictes sur la neutralité politique lors des compétitions.

La distinction entre le village et la piste

Dans sa décision, relayée par Al Jazeera, le TAS a tenu à clarifier les limites de la liberté d’expression dans le cadre des Jeux. Matthieu Reeb, secrétaire général du TAS, a lu une déclaration établissant une frontière nette : « La liberté d’expression est garantie aux Jeux Olympiques, mais pas sur le terrain de jeu, qui est un principe sacré. »

L’arbitre unique a estimé que les directives du Comité International Olympique (CIO) offraient un « équilibre raisonnable » entre le droit des athlètes à exprimer leurs opinions et la nécessité de préserver la performance sportive de toute distraction politique ou revendicative. Selon le tribunal, d’autres espaces existent pour ces manifestations, mais la zone de compétition doit rester sanctuarisée.

Un compromis jugé insuffisant

Avant cette décision finale, des tentatives de médiation ont eu lieu. Selon nos informations, la présidente de la commission des athlètes du CIO, Kirsty Coventry, a rencontré Heraskevych jeudi matin sur le site de Cortina d’Ampezzo. Une solution alternative a été proposée à l’athlète : porter un brassard noir durant la course et n’exhiber son casque qu’avant et après l’épreuve.

Cette proposition n’a pas permis de lever le blocage, l’utilisation du casque en compétition restant considérée comme une violation des règles sur les protestations politiques. L’athlète, qui bénéficie du soutien du président Volodymyr Zelensky et du comité olympique ukrainien, a exprimé son amertume à l’issue du verdict. « Le TAS nous a laissé tomber. Nous allons examiner nos prochaines étapes », a-t-il déclaré, évoquant la possibilité de nouvelles options juridiques.

Ce n’est pas la première fois que Vladyslav Heraskevych utilise sa visibilité pour interpeller l’opinion. Lors des Jeux de Pékin en 2022, quelques jours avant le début de l’invasion russe, il avait brandi une pancarte « No War in Ukraine » après sa course.

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