Il tue son ami et écope de 5 ans de réclusion

Il tue son ami et écope de 5 ans de réclusion

Camara réclamait une dette à la victime, alors qu’ils étaient tous deux en état d’ébriété. Tout s’enclenche le 10 janvier 2012, lorsque les éléments du commissariat de police de Tambacounda reçoivent une information par téléphone, faisant état du décès de Moussa Oualy.

Ce dernier venait de succomber des suites de blessures que lui avaient occasionnées Aladji Camara, lors d’une bagarre, la nuit de la veille, renseigne l’ordonnance de renvoi. Les faits avaient eu lieu à Tamba Socè, dans la périphérie sud de la commune de Tambacounda.

Lors de l’enquête subséquente, le mis en cause Aladji Camara avait soutenu qu’il n’avait porté aucun coup à son adversaire et qu’au contraire c’est Moussa Oualy qui l’avait pris par le collet avant de lui donner un violent coup de tête. Il ajoutait que c’est en se dégageant de cette prise que son antagoniste, ivre, était tombé tout seul sur la nuque, cognant contre le sol en dur.

Il avait expliqué que le défunt s’en était pris à lui, après qu’il lui avait rappelé sa dette de viande, contractée auprès de son grand frère de l’accusé, Sirfo Camara.

Interrogés, Mamadou Diatta et Sirfo Camara avaient déclaré que cet argent à rembourser par le défunt, serait certainement à l’origine de la querelle fatale, non sans mentionner que les deux protagonistes étaient de grands amis.

Dioncounda Oualy, fils de la victime, avait quant à lui témoigné avoir vu le mis en cause ramasser un caillou et en administrer un coup à son père au niveau de son arcade sourcilière, celui-ci tombant sur sa nuque sur la dalle cimentée de la cour de leur maison. Le fils a raconté avoir lui-même conduit son défunt père à l’hôpital.

Le rapport d’expertise médico-légale établi le 10 janvier 2012 par le Dr Issa Amadou, faisait état d’une plaie à l’arcade sourcilière gauche, entre autres séquelles, et concluait à une ‘’mort par hémorragie cérébrale, consécutive à un traumatisme cranio-encéphalique, suite à une bagarre’’.

Inculpé de meurtre, Aladji Camara avait nié les faits, des dénégations qu’il avait réitérées lors de l’interrogatoire au fond.

Interrogé à la barre, Mamadou Diatta, délégué de quartier de Tamba Socé, a indiqué que Moussa Oualy avait une blessure à la nuque, et saignait abondamment. Citant la femme du défunt, il a indiqué que les deux protagonistes dînaient ensemble, quand ils ont abordé le sujet fâcheux.

D’après Sirfo Camara, ils avaient pris à crédit une vache qu’ils avaient immolée pour la Tamkharit en vue d’en distribuer la viande aux habitants du quartier qui devaient payer plus tard. Feu Moussa Oualy était venu emprunter environ 30.000 francs à Sirfo qui avait la garde de l’argent remboursé peu à peu, mais tardait à les restituer.

C’est face aux pressions du propriétaire de la vache qui s’impatientait, qu’Aladji a invité son ami à s’acquitter de son obligation.

A la barre, Camara a campé sur sa position, indiquant que c’est le défunt qui lui a donné un coup de tête avant de tomber évanoui, le blessant lui-même à l’arcade. Entendu par la Cour, Sirfo Camara a raconté que son jeune frère était arrivé à la maison, avec l’arcade ouverte et les habits tachés de sang.

Le fils du défunt, Dioncounda Oualy, entendu à titre de témoin et de partie civile, a soutenu la même version que lors de l’enquête, indiquant que l’accusé et son père avaient élevé la voix au fil de leur discussion, avant de s’empoigner sur le seuil de la maison.

Quand ils se sont séparés, et que son père se diriger vers l’intérieur de la maison, il a vu Camara se baisser pour ramasser une moitié de brique avec laquelle il l’avait frappé au moment où ce dernier se retournait.

Un des membres de la cour, Pape Ibrahima Ndiaye, a relevé cette phrase que Dioncounda a glissé dans son témoignage, la prêtant à Aladji Camara qui aurait dit juste après avoir assommé la victime : ‘’je t’avais dit que j’allais te tuer ?’’. Devant le juge d’instruction, tu n’as jamais dit cela. ‘’Je l’avais oublié’’, a répondu le jeune homme.

Dans son réquisitoire, l’avocat général Soyoubou Sy a dit que l’instruction ‘’ne (…) renseigne en rien sur les blessures de Moussa Oualy’’, ajoutant qu’aussi bien l’instruction du juge que celle d’audience le ‘’laissent sur (sa) faim’’. Il a dit également ‘’prendre le témoignage de Dioncounda Oualy avec des pincettes’’.

‘’Ce qui est constant, c’est qu’il y a eu bagarre’’, a-t-il dit, ajoutant que ‘’dans cette affaire on peut dire sans risque de se tromper que MO est blessé suite à la bagarre l’opposant à Aladji Camarara’’. Il restait à déterminer si l’accusé avait donné un coup avec l’intention de donner la mort. Une intention qui n’est pas évidente, même s’il a frappé son adversaire sur une ‘’partie névralgique’’ qu’est la tête.

Les deux protagonistes étaient ‘’ivres-morts’’, pour des gens qui avaient pris quatre litres de rosée en un court moment, a-t-il ajouté, non sans souligner que ‘’le fait d’user de l’alcool jusqu’à être ivre-mort au lieu d’être une circonstance atténuante, est une circonstance aggravante, l’alcool n’étant pas un produit vital, mais un luxe’’.

Pour lui, le fait que les deux ‘’partageait le même plaisir’’ et étaient des amis depuis 20 ans, et le fait que l’incident se soit passé au domicile du défunt, laissent penser que le coup mortel n’était pas intentionnel, car il n’aurait pas pris le risque de tuer ce dernier en présence de ‘’gaillards’’ comme le fils de la victime.

Il en a conclu que la Cour devrait requalifier les faits de meurtre en ‘’coup mortel’’ et condamner l’auteur à 10 ans d’emprisonnement ferme, car il n’y a pas l’intention de donner la mort.

Pour la défense, Me Mbaye Sall, même si la constante est que Oualy est décédé des causes de blessures, les enquêtes ne permettent pas de dire l’origine de cette blessure. Il a relevé cette contradiction concernant l’arme utilisée. Dans le dossier, on parle de caillou et la partie civile parle de brique.

L’autre élément de défense a été l’état d’ébriété de l’accusé au moment des faits. ‘’Quand on est ivre, on perd ses moyens’’, a-t-il rappelé, plaidant pour l’acquittement de son client, et le cas échéant, la disqualification du chef d’accusation de meurtre pour retenir celui de ‘’coup mortel’’, en faisant bénéficier de ‘’larges circonstances atténuantes’’.

A l’arrivée, la Cour l’a déclaré coupable de coups et blessures, le condamnant à cinq ans ferme de réclusion. La partie civile avait indiqué ne rien demander à titre de dommages et intérêts.

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