Guinée : la dissolution de 40 partis politiques pousse un leader en exil à formuler cet appel direct à la rue

L’espace politique guinéen vient de subir une restructuration drastique. Par un décret rendu public tard vendredi, le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a ciblé des dizaines de formations politiques, modifiant en profondeur la configuration politique du pays.

Le document officiel acte la dissolution de 40 partis politiques. Parmi eux figurent les trois principales forces de l’opposition : l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ancien président Alpha Condé, et l’Union des forces républicaines (UFR). Les autorités gouvernementales justifient cette décision par le non-respect des obligations légales incombant à ces structures.

La mesure dépasse le simple retrait du statut légal. Le décret ordonne le gel immédiat des avoirs des partis concernés et interdit formellement l’utilisation de leurs noms, logos et emblèmes. Un curateur désigné par le gouvernement a été expressément mandaté pour superviser le transfert de leurs biens.

Cette dissolution s’inscrit dans une chronologie entamée en août dernier avec la suspension de ces mêmes partis, quelques semaines avant le référendum constitutionnel qui a pavé la voie à l’élection présidentielle de décembre, remportée par Mamady Doumbouya. Depuis son exil, le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a réagi dimanche via une vidéo diffusée sur Facebook. Dénonçant la volonté de bâtir un « État-parti », il a exhorté ses partisans à se « lever comme un seul homme ». Une position partagée par Ibrahima Diallo, responsable du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui estime que cet acte officialise un régime autoritaire et plonge le pays dans une incertitude profonde.

Comme le relève la chaîne Al Jazeera, cette série de mesures contre l’opposition s’ajoute aux nombreuses restrictions imposées depuis le coup d’État de 2021. La fermeture de médias, l’interdiction systématique des manifestations et l’exil de nombreux militants illustrent cette dynamique de contrôle. Selon nos informations, plusieurs proches de dissidents ont été enlevés ces dernières années, et deux figures connues de la société civile sont portées disparues depuis juillet 2024.

Ces événements en Guinée s’inscrivent dans un contexte régional marqué par une succession de prises de pouvoir par l’armée depuis 2020, de l’Atlantique à la mer Rouge. Les récentes évictions de dirigeants civils par les armées à Madagascar et en Guinée-Bissau, à la fin de l’année 2025, confirment cette tendance continentale où l’effacement des gouvernements élus s’accompagne régulièrement d’une réduction des libertés publiques.

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