Onze jours après le déclenchement des opérations militaires américaines et israéliennes, le flou persiste à Washington. Au sortir d’une session d’information classifiée organisée mardi devant la commission des forces armées du Sénat, plusieurs élus de l’opposition ont fait part de leur frustration face à l’incapacité de l’administration de Donald Trump à clarifier ses objectifs en Iran.
Pour obtenir des réponses, les Démocrates ont décidé de passer à l’offensive sur le plan législatif. Le sénateur Cory Booker a annoncé qu’un accord collectif a été trouvé au sein de son camp pour utiliser divers mécanismes procéduraux afin de bloquer les travaux réguliers du Sénat. La condition fixée pour lever ce blocage est stricte : les hauts responsables du département d’État et du Pentagone devront venir témoigner sous serment.
Cette exigence intervient dans un contexte de scepticisme quant aux véritables motivations de l’exécutif. Selon la chaîne Al Jazeera, les justifications avancées par l’administration ont varié ces derniers jours, passant du programme nucléaire iranien à une frappe préventive, puis à la totalité des actions de Téhéran depuis la révolution islamique de 1979. Le sénateur Richard Blumenthal a par ailleurs exprimé ses craintes quant à un possible déploiement de troupes américaines au sol en Irak ou en Iran.
L’aspect financier de cette offensive est également soulevé. La sénatrice Elizabeth Warren a souligné le contraste entre le coût des opérations militaires, estimé par certains à plus de 5,6 milliards de dollars pour les deux premiers jours, et les coupes budgétaires opérées l’an dernier dans les subventions aux soins de santé touchant 15 millions d’Américains.
Sur le terrain, le bilan humain s’alourdit. Mardi, le conflit avait causé la mort d’au moins 1 255 personnes en Iran, 394 au Liban et plusieurs dizaines d’autres dans la région. Six sénateurs démocrates ont réclamé une enquête sur une frappe ayant visé une école de filles à Minab, dans le sud de l’Iran, tuant au moins 170 personnes, majoritairement des enfants. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a pour sa part promis la journée de frappes la « plus intense » depuis le début de la guerre, affirmant que les combats ne cesseront que lorsque l’ennemi sera « totalement et décisivement vaincu ».