Une nouvelle phase de confrontation directe au Moyen-Orient
Le conflit latent entre Washington et Téhéran a basculé dans une nouvelle ère de confrontation militaire ouverte ce samedi, avec le lancement d’une vaste opération conjointe américano-israélienne contre l’Iran. Alors que le président Donald Trump évoque une campagne pouvant durer « quatre à cinq semaines », l’analyse des coûts révèle une réalité complexe : au-delà de la facture en milliards de dollars, la véritable contrainte pour les États-Unis pourrait résider dans la capacité de ses arsenaux à soutenir un tel effort de guerre.
Un déluge de feu et un lourd bilan
L’opération, baptisée « Epic Fury » par le Pentagone, a débuté par des frappes d’une intensité rare. Selon les déclarations du président Trump, l’objectif est de « s’assurer que l’Iran n’obtienne pas l’arme nucléaire » et de « raser son industrie de missiles jusqu’au sol ». Dès la première vague de bombardements, le complexe du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a été anéanti, provoquant sa mort. Le commandement central américain (CENTCOM) a rapporté avoir frappé plus de 1 250 cibles à travers le pays et détruit 11 navires iraniens, grâce à une combinaison de frappes aériennes et de missiles de croisière. Sur le plan humain, le Croissant-Rouge iranien faisait état lundi d’un bilan de 555 morts dans 130 localités.
Une facture qui s’alourdit de jour en jour
Le coût financier de cette escalade est déjà vertigineux. Selon un rapport de l’Université Brown, depuis le 7 octobre 2023, l’aide militaire américaine à Israël s’élevait déjà à 21,7 milliards de dollars. À cela s’ajoute le coût des opérations américaines dans la région pour soutenir son allié, estimé entre 9,65 et 12,07 milliards. Le total dépasse ainsi les 33 milliards de dollars avant même le début de l’opération « Epic Fury ». Les premières estimations pour cette nouvelle campagne sont elles aussi colossales : l’agence de presse Anadolu avance un chiffre de 779 millions de dollars pour les premières 24 heures, précédées par une phase de préparation logistique de 630 millions. Chaque jour, le maintien d’un seul groupe aéronaval, comme l’USS Gerald R. Ford, coûte à lui seul 6,5 millions de dollars.
Le vrai défi : la logistique, pas le budget
Pourtant, pour de nombreux experts, la question n’est pas de savoir si Washington peut se permettre cette guerre, mais plutôt s’il peut la soutenir matériellement. « Le coût est soutenable. Nous avons un budget de la défense de mille milliards de dollars », explique à Al Jazeera Christopher Preble, chercheur au Stimson Center. « La question porte sur l’inventaire réel des armes dans l’arsenal américain, en particulier les intercepteurs – des choses comme les missiles Patriot ou les SM-6 ».
L’arsenal américain à l’épreuve du feu
Ces missiles sophistiqués sont essentiels pour contrer les répliques balistiques iraniennes, mais leurs stocks ne sont pas infinis. « On peut raisonnablement supposer que le rythme actuel des interceptions ne pourrait pas se poursuivre indéfiniment, et peut-être pas plus de quelques semaines », prévient M. Preble. Le problème est double. D’une part, la production de ces armements est un processus long. « Un missile Patriot est un équipement très compliqué. On n’en fabrique pas des centaines par jour », souligne l’expert. D’autre part, ces précieux intercepteurs sont également alloués à d’autres théâtres d’opérations stratégiques pour les États-Unis. « Certains étaient destinés à l’Ukraine […]. D’autres sont importants en Asie, dans la zone Indo-Pacifique ». Cet arbitrage stratégique, bien plus que la contrainte budgétaire, pourrait devenir le principal facteur limitant de l’opération « Epic Fury » et dicter l’issue du conflit.