Le conflit au Soudan entame sa quatrième année avec des perspectives d’issue incertaines. Alors que l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) restent figées dans une impasse militaire, la vie reprend timidement son cours dans certaines régions reprises par le gouvernement, malgré une situation humanitaire et économique délétère.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la ligne de front divise clairement le pays. L’armée soudanaise contrôle les États du nord, du centre, de l’est, ainsi que la capitale Khartoum, où le gouvernement s’est officiellement réinstallé en janvier de cette année. De leur côté, les FSR dominent le Darfour, de vastes zones du Kordofan, et ont ouvert un nouveau front dans la région du Nil Bleu. Les tactiques évoluent sur le terrain : les FSR intensifient l’utilisation de drones pour frapper le centre et le nord du pays, tandis que l’armée a acquis de nouveaux appareils sans pilote pour détruire les lignes d’approvisionnement et cibler les équipements de son adversaire.
Sur le plan humanitaire, les chiffres atteints sont dramatiques. Près de 14 millions de personnes ont été déplacées au cours des trois dernières années, et 26 millions font face à une insécurité alimentaire aiguë. L’économie locale subit également le prolongement des affrontements. À Khartoum, la hausse des prix des produits de première nécessité s’accompagne d’une forte dépréciation de la monnaie nationale, le dollar américain s’échangeant désormais à environ 600 livres soudanaises.
Malgré cette instabilité persistante, Al Jazeera précise que près de 3,99 millions de personnes avaient regagné leur domicile au mois d’avril. Ces retours se concentrent principalement vers Khartoum et l’État d’Al Jazirah. Parmi ces individus, 83 % sont des déplacés internes et 17 % rentrent de l’étranger. Toutefois, plus de 13 millions de personnes demeurent déracinées à travers la région.
Au niveau diplomatique, la formation d’un gouvernement civil et la nomination de Kamil El-Tayeb Idris au poste de Premier ministre en mai 2025 n’ont pas permis de débloquer la situation. Les initiatives de paix internationales, notamment celles du groupe quadrilatéral composé des États-Unis, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et des Émirats arabes unis, n’ont engendré aucune percée significative.
Le chercheur militaire Mohamed al-Amin al-Tayeb anticipe le maintien de cette paralysie armée. Il souligne un risque de division administrative et politique accrue entre l’est et l’ouest du pays, avec des FSR tentant d’établir des structures de gouvernance parallèles, le tout sur fond d’intensification d’une guerre par procuration impliquant plusieurs puissances régionales.