Guerre au Moyen-Orient : le baril franchit les 100 dollars et menace un autre marché vital pour les populations

Depuis le déclenchement du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran le 28 février dernier, les marchés énergétiques mondiaux traversent une zone de turbulences inédite depuis l’offensive russe en Ukraine. Le prix du baril de pétrole a franchi la barre des 100 dollars cette semaine. Cette flambée, directement liée à l’incertitude géopolitique, paralyse l’une des principales artères du commerce maritime mondial et laisse présager des répercussions en chaîne bien au-delà du seul secteur de l’énergie.

La tension se concentre autour du détroit d’Ormuz, un passage de 39 kilomètres de large situé entre l’Iran et Oman. Environ 20 % de la production mondiale de pétrole, soit plus de 20 millions de barils par jour, transite habituellement par ce canal. Depuis le début des hostilités, le trafic maritime y est quasiment à l’arrêt. Les opérateurs préfèrent ancrer leurs navires à l’entrée de la voie navigable plutôt que de s’exposer aux attaques et aux interférences ciblant les équipements de navigation.

Interrogé par la chaîne Al Jazeera, Ismayil Jabiyev, analyste des chaînes d’approvisionnement chez CarbonChain, souligne que le blocage n’est pas physique, mais lié au risque permanent que représentent les drones à bas coût. Tant que les hostilités se poursuivent, cette perturbation devrait s’installer dans la durée. Les solutions de repli, telles que l’oléoduc Est-Ouest de Saudi Aramco ou celui d’Abou Dhabi, n’offrent qu’une capacité combinée d’environ 4,7 millions de barils par jour, une alternative insuffisante pour combler un déficit d’approvisionnement estimé à 15 millions de barils quotidiens.

Sur le plan politique, le président américain Donald Trump a brièvement déclaré que « la guerre est très complète, ou presque », entraînant une légère et éphémère baisse des cours lundi. Toutefois, les experts estiment que sans un accord entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran, les prix élevés persisteront. La situation actuelle est d’ailleurs comparée par certains analystes à la guerre du Golfe de 1990-1991, caractérisée par une perturbation prolongée de l’offre et un ralentissement économique mondial.

Cette crise énergétique se propage désormais à un autre secteur fondamental : l’approvisionnement alimentaire mondial. L’agriculture moderne dépend massivement du gaz naturel pour la production d’engrais, essentiels pour garantir les rendements des cultures. De plus, la hausse du brut impacte directement les coûts de transport routier et maritime. L’économiste David McWilliams rappelle à Al Jazeera que la logistique et le transport constituent l’énergie vitale de l’économie globale.

Historiquement, les chocs pétroliers majeurs ont souvent précédé des périodes de stagflation, mêlant hausse de l’inflation et chômage. Aujourd’hui, l’augmentation simultanée des coûts de l’énergie et de la chaîne d’approvisionnement fait craindre des pénuries rapides, en particulier dans les pays à faible revenu qui consacrent une part importante de leur budget à l’importation de denrées alimentaires et d’engrais.

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