Au cœur de la Basse-Casamance, la délicate question foncière était au centre des débats à Koubalan, où l’Université Assane Seck de Ziguinchor a présenté les résultats d’une étude approfondie sur les dynamiques et pratiques locales en matière de gestion des terres. Cette restitution se veut un dialogue essentiel entre la recherche universitaire et les communautés, étape clé vers une gouvernance plus juste et adaptée aux réalités du terrain.
Coordonnée par le Professeur Amath Dia, cette recherche scientifique, lancée en août dernier, vise à décrypter, analyser et systématiser la complexité des pratiques foncières. « Après un état de l’art et une enquête exploratoire, nous avons mené des investigations approfondies auprès des acteurs dont les activités sont étroitement liées à la terre », a expliqué le Pr. Dia. Il a souligné que cette phase de restitution est une étape cruciale du protocole scientifique, permettant de valider les conclusions avec les populations concernées et d’intégrer leurs observations.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre national plus large, piloté par la Plateforme nationale sur la gouvernance foncière, avec le soutien de l’Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR) et le financement du PROCASEF. L’étude couvre cinq grandes régions éco-géographiques du Sénégal, l’Université de Ziguinchor étant le chef de file pour le volet casamançais.
Présent lors de l’atelier, Alseyni Sagna, adjoint au maire de Koubalan, a salué une démarche qu’il juge indispensable. Pour l’élu local, la gestion de la terre est l’un des défis majeurs du Sénégal, un enjeu qui « exige prudence, rigueur et méthode ». Il a rappelé l’importance de la plateforme nationale mise en place par les autorités pour réfléchir à ces questions, en y associant notamment le monde universitaire.
M. Sagna a mis en lumière la principale difficulté : la coexistence, parfois conflictuelle, entre les textes de loi et les pratiques traditionnelles bien ancrées. « Il est nécessaire de partir des pratiques existantes pour mieux se projeter vers l’avenir », a-t-il insisté. Selon lui, les cadres juridiques hérités du passé n’ont pas toujours su intégrer les préoccupations des communautés. L’approche des chercheurs, qui consiste à interroger directement les populations, est donc la plus pertinente pour « formaliser ce qui doit l’être, corriger les insuffisances et intégrer les réalités locales ».
C’est par un appel vibrant à une gouvernance foncière inclusive qu’il a conclu son intervention. « Nous sommes sur la bonne voie. Écoutons les populations », a lancé Alseyni Sagna, convaincu que la participation citoyenne est le levier incontournable pour construire des solutions durables et apaisées aux défis fonciers de la région et du pays.