Le conflit en cours au Moyen-Orient vient de frapper le cœur énergétique du Golfe. Alors que les récentes représailles de Téhéran ont ciblé des infrastructures stratégiques qataries, les dirigeants de Doha dévoilent les échanges tenus en coulisses avec l’administration américaine avant la destruction partielle de leurs installations.
Le PDG de QatarEnergy et ministre de l’Énergie, Saad al-Kaabi, a indiqué avoir alerté les responsables des États-Unis et les dirigeants du secteur énergétique des risques liés à une attaque iranienne. Interrogé par l’agence Reuters et cité par Al Jazeera, il a précisé avoir mis en garde le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, de manière quasi quotidienne, insistant sur la nécessité d’épargner les infrastructures pétrolières et gazières.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de forte escalade. Depuis le lancement des frappes américano-israéliennes à la fin du mois de février, les cibles énergétiques se sont multipliées. En riposte à une attaque d’Israël contre le gisement gazier iranien de South Pars, Téhéran a visé plusieurs installations du Golfe, frappant notamment la ville industrielle qatarie de Ras Laffan, qui abrite le plus grand complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde.
Les dégâts matériels engendrent des répercussions majeures sur le marché mondial. Saad al-Kaabi a annoncé que les « boîtes froides » – le mécanisme de refroidissement principal permettant de purifier et de liquéfier le gaz pour son transport – ont été entièrement détruites. Cette perte ampute de 17 % la capacité d’exportation de Doha et affectera les livraisons de GNL vers l’Europe et l’Asie pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans. Une relance de la production nécessitera au moins trois à quatre mois de travaux, à condition que les hostilités prennent fin.
Sur le plan diplomatique, le président américain Donald Trump a affirmé ne pas avoir été informé au préalable de l’attaque israélienne sur South Pars, une ignorance partagée par les autorités qataries. Toutefois, un porte-parole de la Maison Blanche, Taylor Roger, a souligné que l’équipe américaine n’ignorait pas la probabilité de perturbations temporaires de l’approvisionnement durant ces opérations. Les partenaires américains de QatarEnergy, dont ExxonMobil et ConocoPhillips, restent impliqués sur le site, ce dernier s’engageant à accompagner la remise en état des installations.