Frappes en Iran : Dominique de Villepin dénonce un ‘pari’ américain et craint un ‘piège’

Au lendemain de l’annonce de la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans une frappe conjointe américano-israélienne, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a livré une analyse cinglante de la situation, dénonçant un ‘pari’ qui pourrait se transformer en ‘piège’. Invité sur France Inter ce lundi, il a mis en garde contre les risques d’un ‘enlisement’ et d’une ‘guerre asymétrique’ aux conséquences imprévisibles pour la région.

S’il a affirmé qu’on ‘ne peut que se réjouir de l’affaiblissement’ du régime iranien, l’ancien chef de la diplomatie française a immédiatement tempéré, soulignant que l’élimination d’un dirigeant ne saurait résoudre une crise politique profonde. Selon lui, la stratégie de Washington, qui mise sur un soulèvement populaire pour renverser le pouvoir en place, est une pure spéculation. ‘L’intervention qui a lieu aujourd’hui est un pari’, a-t-il martelé, redoutant au contraire un ‘durcissement du régime’ en réaction.

Faisant un parallèle direct avec l’intervention américaine en Irak en 2003, à laquelle il s’était farouchement opposé à la tribune de l’ONU, Dominique de Villepin a fustigé l’abandon d’un ordre international fondé sur le droit. Pour lui, cette logique du rapport de force aura un coût exorbitant : les États-Unis ‘paieront très cher’ ce renoncement. Il a rappelé les précédents de l’Irak et de la Libye pour illustrer les dangers d’une déstabilisation durable provoquée par des interventions militaires extérieures.

Face à l’escalade, Dominique de Villepin a appelé la France et l’Europe à prendre l’initiative diplomatique. Plutôt que de s’aligner sur une logique guerrière, il prône la formation d’une vaste coalition pour la paix, incluant les pays de la région et du ‘Sud global’, afin de trouver une issue politique. ‘Une solution ne peut émerger par le largage de bombes’, a-t-il insisté, suggérant que d’autres leviers juridiques et diplomatiques, comme la doctrine de la ‘responsabilité de protéger’, auraient pu être mobilisés.

L’ancien Premier ministre a également profité de cette crise pour ouvrir une réflexion sur la doctrine de défense française et européenne. Dans un contexte où la garantie de sécurité américaine est remise en question, il a plaidé pour une adaptation de la doctrine nucléaire nationale et un renforcement des coopérations européennes, tout en réaffirmant que la décision finale devait rester entre les mains du président de la République.

Cette prise de parole intervient alors que le Moyen-Orient s’embrase. Les frappes américano-israéliennes du 28 février, qui ont coûté la vie à Ali Khamenei et à plusieurs hauts responsables, ont provoqué des représailles iraniennes contre Israël et des bases américaines dans plusieurs pays du Golfe. Selon un bilan du Croissant-Rouge iranien, les bombardements auraient déjà fait 555 morts en Iran.

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