Frappé par une surtaxe maritime inattendue, le Yémen prépare une mesure de rétorsion directe contre les armateurs

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à faire peser une lourde menace sur l’approvisionnement du Yémen. Alors que le pays dépend massivement de l’extérieur pour ses denrées de première nécessité, une décision inattendue des compagnies maritimes internationales pousse les autorités locales à réagir dans l’urgence pour éviter une asphyxie économique.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les importateurs yéménites ont été informés ce mois-ci de l’application d’une nouvelle taxe qualifiée de « risque de guerre », s’élevant à environ 3 000 dollars pour chaque conteneur à destination du pays. Cette mesure tarifaire découle directement du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran.

Face à cette situation, le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, basé à Aden, prépare une riposte ciblée. Outre l’interdiction formelle faite aux commerçants locaux de s’acquitter de ces frais, les autorités envisagent de bloquer l’accès aux ports yéménites pour les navires appartenant aux compagnies appliquant cette surtaxe. Une autre stratégie à l’étude consiste à autoriser les importateurs à négocier directement avec les exportateurs dans les pays d’origine pour contourner ces frais.

Le ministre des Transports, Mohsen al-Amri, a d’ores et déjà donné instruction de ne pas payer ces montants pour les navires déjà à quai ou en route. Il a souligné que les infrastructures portuaires du pays, comme Aden ou Mukalla, sont éloignées des zones de tension du Golfe et du détroit d’Ormuz. De son côté, Abdulrab al-Khulaqui, vice-président de la Yemen Gulf of Aden Ports Corporation, a précisé que si les ports yéménites faisaient déjà l’objet de surprimes allant de 500 à 1 000 dollars par conteneur, le nouveau montant exigé reste exceptionnellement élevé.

Les conséquences d’une telle hausse tarifaire inquiètent les organisations internationales, sachant que le Yémen importe près de 90 % de sa nourriture. Les Nations Unies estiment que 65,4 % de la population, soit environ 23,1 millions de personnes, auront besoin d’une assistance humanitaire urgente cette année. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a récemment indiqué que 63 % des ménages peinent déjà à satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux.

Sur le plan logistique, de potentielles perturbations dans le détroit d’Ormuz pourraient obliger les compagnies à délaisser des plateformes régionales de transit comme Jebel Ali aux Émirats arabes unis. D’après Nabil Abdullah Bin Aifan, directeur de l’Autorité des affaires maritimes dans la province de l’Hadramaout, les navires pourraient être déroutés vers Salalah en Oman ou Djeddah en Arabie saoudite, voire contourner le cap de Bonne-Espérance, allongeant ainsi considérablement les délais et les coûts de transport.

Cette inflation importée frappera directement une population déjà fragilisée par plus d’une décennie de guerre. À titre d’exemple, un enseignant de la ville de Taëz, dont le salaire mensuel ne dépasse pas 80 dollars, confiait à Al Jazeera son incapacité à couvrir ses besoins de base, accumulant des dettes pour se nourrir, tandis que la viande et le poisson sont devenus inaccessibles pour sa famille.

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