Une mobilisation massive secoue actuellement l’industrie cinématographique en France. À quelques jours de la 51e cérémonie des César, des milliers de professionnels de l’écran ont décidé de rendre public un texte commun pour dénoncer une menace directe pesant sur l’exercice de leur métier et leurs droits fondamentaux.
Selon les informations rapportées par l’agence de presse Anadolu, près de 4 000 comédiennes, comédiens et cinéastes français ont signé une tribune, publiée ce dimanche dans Le Parisien, pointant du doigt un « pillage en règle » de leur travail par les outils d’intelligence artificielle (IA) générative. Le document, transmis à la presse par l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes), alerte spécifiquement sur la reproduction non autorisée des voix et des images des professionnels à partir de vastes bases de données.
Parmi les signataires de cet appel figurent des noms de premier plan tels que Gérard Jugnot, Franck Dubosc, Léa Drucker, Swann Arlaud, Karine Viard, Elodie Bouchez ou encore José Garcia. S’ils reconnaissent que ces nouveaux outils peuvent s’avérer précieux pour certains secteurs, ils soulignent faire face à une « mutation profonde » qui met en péril le statut des artistes interprètes.
Le texte met en lumière une pratique de plus en plus courante : le clonage vocal sans consentement. Les signataires précisent que les acteurs les moins établis sont les plus vulnérables face à ce phénomène. Faute de moyens pour refuser certaines clauses, ces derniers se verraient contraints de céder leurs droits pour l’exploitation de leurs prestations par des systèmes d’IA. Face à cette situation qualifiée d’« insupportable », la profession exige l’instauration d’un cadre juridique strict garantissant la coexistence de l’intelligence artificielle avec le respect des droits d’auteur et des droits voisins.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement de contestation plus large. Fin janvier, huit comédiens de doublage français avaient déjà adressé des mises en demeure à deux sociétés américaines accusées d’avoir cloné leur voix, entraînant la création du collectif « Touche pas à ma VF ».
Le débat s’étend également à l’international. Anadolu rappelle que la semaine dernière, de grands studios hollywoodiens ont accusé le logiciel chinois Seedance 2.0 de violations massives du droit d’auteur, suite à la diffusion d’une vidéo générée par IA illustrant un faux combat entre Tom Cruise et Brad Pitt. Les professionnels signataires concluent en soulignant qu’à l’ère de la prolifération des « deepfakes » (contenus falsifiés par l’IA), la question dépasse le seul cadre artistique pour toucher à la protection de l’image et de la voix de l’ensemble des citoyens.