France : Après la reconnaissance de la faute d’État, les trois mesures de réparation actées pour les victimes du transfert forcé de la Réunion

L’Assemblée nationale française a posé un acte fort concernant la gestion de son passé colonial et administratif. Unanimement, les députés ont validé un texte législatif visant à clore, par des actes concrets, le dossier douloureux des transferts d’enfants réunionnais vers l’hexagone opérés durant plus de deux décennies.

Cette proposition de loi, adoptée sans opposition, marque une étape décisive dans la reconnaissance des préjudices subis par les mineurs arrachés à leur famille entre 1962 et 1984. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, ce texte répond à une attente de longue date des victimes de cette politique d’État, souvent qualifiée de « déracinement ».

**Un dispositif de réparation à trois volets**

La législation nouvellement approuvée ne se limite pas à une portée symbolique. Elle instaure des mécanismes précis pour accompagner les victimes. Le texte prévoit la création d’une commission dédiée à la mémoire, l’instauration d’une journée nationale d’hommage fixée au 18 février, et surtout, l’attribution d’une allocation forfaitaire de réparation. Cette indemnisation financière sera accessible sur demande des victimes ou de leurs ayants droit.

Le vocabulaire officiel évolue également. Les députés ont choisi de renommer les victimes « mineurs de La Réunion transplantés », écartant l’appellation médiatique « enfants de la Creuse ». Cette modification vise à mieux refléter l’ampleur géographique du phénomène, qui a touché 83 départements français et non un seul territoire, comme le soulignent nos confrères de la presse française.

**Une politique de repeuplement aux conséquences lourdes**

Les faits concernent 2 015 mineurs transférés depuis La Réunion vers la métropole, principalement dans des zones rurales confrontées à l’exode. Sous couvert d’un projet de repeuplement, ces transferts ont souvent été réalisés en abusant la confiance de familles vulnérables, séduites par des promesses d’avenir radieux pour leur progéniture.

La réalité décrite par les rapports est bien plus sombre : beaucoup de ces enfants n’ont jamais revu leurs proches. Une partie d’entre eux a subi des maltraitances, une perte d’identité et un choc culturel violent. À ce jour, selon les données disponibles, seules 200 à 250 personnes concernées ont été formellement identifiées.

**La fin d’un long combat mémoriel**

Dans l’Hémicycle, l’émotion était palpable lors de l’intervention de la députée Karine Lebon, qui a salué une décision « historique ». En présence de victimes, dont Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer, l’élue a rappelé que si l’enfance ne peut être rendue, l’histoire doit être affrontée. Marie-Germaine Périgogne, elle-même transférée à l’âge de 3 ans et ayant grandi sous une autre identité, a exprimé son soulagement face à une décision qui « va enfin apaiser » les survivants.

Ce vote s’inscrit dans une continuité politique. L’Assemblée nationale avait déjà reconnu la responsabilité de l’État en 2014, une position réaffirmée en 2017 par Emmanuel Macron qui avait qualifié cette politique de « faute ». La nouvelle loi s’inspire des dispositifs de réparation déjà mis en place pour les harkis et les rapatriés d’Afrique du Nord.

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