Aux États-Unis, la gestion des documents liés au délinquant sexuel Jeffrey Epstein continue de provoquer des secousses politiques. Convoquée par une commission parlementaire, l’ancienne ministre de la Justice, Pam Bondi, a refusé de s’y présenter, s’exposant désormais à de potentielles sanctions de la part des législateurs.
Jeudi, les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants ont formellement accusé Mme Bondi de faire obstruction aux pouvoirs d’enquête du Congrès et de défier une assignation à comparaître. Le ministère de la Justice a justifié ce refus par un changement de statut : limogée le 2 avril, Pam Bondi n’occupe plus ses fonctions.
Une explication rejetée par les parlementaires. Dans une déclaration, ces derniers ont dénoncé une tentative de protéger des personnalités influentes. Lors d’un entretien accordé à la chaîne MS NOW et relayé par Al Jazeera, le membre du Congrès Robert Garcia a précisé que le changement de statut professionnel n’annule pas une assignation légale, menaçant de poursuivre l’ancienne ministre pour outrage au Congrès.
La convocation de Pam Bondi, émise le mois dernier, s’inscrit dans le cadre de la loi sur la transparence des fichiers Epstein, adoptée en novembre. En tant que ministre de la Justice à cette période, elle était chargée de superviser la publication de ces archives.
Ce dossier constitue une source de tension pour l’administration de Donald Trump. Le président américain, qui a entretenu des liens avec Jeffrey Epstein par le passé, avait d’abord qualifié les demandes de publication de « canular » et d’« arnaque », allant jusqu’à traiter de « stupides » les républicains qui les soutenaient, avant de finalement appuyer la loi. Ses détracteurs accusent aujourd’hui son gouvernement de retenir certains documents ou de les censurer massivement.
L’exigence de transparence dépasse les clivages partisans. Le démocrate Ro Khanna et la républicaine Nancy Mace ont publié une déclaration commune réaffirmant que le renvoi de Pam Bondi n’efface pas son obligation de témoigner. Selon un sondage YouGov de février cité par Al Jazeera, 56 % des Américains désapprouvent la gestion de ces fichiers par Donald Trump, et 53 % estiment qu’il tente de dissimuler les crimes du financier. Environ la moitié des personnes interrogées pensent qu’il était impliqué dans ces actes.
Jeffrey Epstein est mort dans sa cellule en 2019, un décès qualifié de suicide, alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel. Il avait déjà été condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineurs, purgeant 13 mois d’une peine de 18 mois jugée clémente. Les répercussions de ce réseau s’étendent au-delà des frontières américaines, touchant notamment le Royaume-Uni où des personnalités comme l’homme politique Peter Mandelson et le prince Andrew ont été arrêtées en lien avec cette affaire.
« Nous exigeons la vérité et nous exigeons des réponses », a conclu Robert Garcia jeudi, qualifiant d’inacceptable l’attitude de la Maison Blanche dans ce dossier.