États-Unis : plus de 600 employés de Google rejettent la clause réclamée par le Pentagone

Aux États-Unis, plus de 600 employés de Google ont demandé lundi à la direction du groupe de rejeter un projet d’accord avec le Pentagone portant sur l’usage de l’intelligence artificielle dans des opérations militaires classifiées. La requête a été formulée dans une lettre adressée au directeur général Sundar Pichai, selon les éléments communiqués sur cette mobilisation interne.

D’après Insider Paper, cette lettre a été signée par des salariés issus de Google DeepMind, du Cloud et d’autres divisions. Le document intervient alors que Google est en négociations actives avec le département américain de la Défense pour déployer son modèle phare Gemini dans des environnements classifiés. La déclaration citée précise aussi que plus de 20 directeurs, directeurs seniors et vice-présidents figurent parmi les signataires.

Un employé organisateur, non nommé dans la déclaration, a affirmé que les « charges de travail classifiées » sont, par définition, opaques. Il a déclaré qu’il n’existe actuellement aucun moyen de garantir que les outils du groupe ne seraient pas utilisés pour provoquer de graves dommages ou porter atteinte aux libertés civiles hors du regard du public. Parmi les risques évoqués figurent le profilage d’individus ou le ciblage de civils innocents.

Selon les organisateurs de la lettre, Google a proposé une formulation contractuelle visant à empêcher l’utilisation de Gemini pour une surveillance de masse sur le territoire américain ou pour des armes autonomes sans contrôle humain approprié. Mais le Pentagone défend, lui, une formule plus large autorisant « tous les usages légaux », qu’il juge nécessaire pour préserver sa flexibilité opérationnelle. Des employés estiment toutefois que ces garde-fous ne seraient pas applicables techniquement, en citant une politique du Pentagone qui interdit aux entités extérieures d’imposer des contrôles sur ses systèmes d’IA.

Google dispose déjà d’un contrat avec le département américain de la Défense pour des charges de travail non classifiées dans le cadre d’un programme baptisé genAI.mil. Le nouvel accord envisagé étendrait les capacités de Gemini aux domaines classifiés. Insider Paper rapporte également que cette campagne interne s’inspire directement du mouvement mené en 2018 par des salariés, qui avait conduit Google à abandonner le Project Maven, un programme du Pentagone visant à intégrer l’IA aux opérations de drones.

Le contexte est aussi marqué par la concurrence entre plusieurs entreprises technologiques pour les contrats publics liés à l’IA. Le vide laissé par la start-up Anthropic alimente cette course. Cette entreprise a engagé une action en justice contre le Pentagone après avoir été désignée comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement », alors qu’elle demandait que sa technologie ne soit pas utilisée pour la surveillance de masse aux États-Unis ni pour la guerre automatisée. Google n’avait pas répondu immédiatement à une demande de commentaire, selon les informations publiées.

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