Le ministère américain de la Justice a franchi une étape décisive ce vendredi dans le traitement des archives de l’affaire Jeffrey Epstein. En réponse à une exigence législative du Congrès, une quantité massive de documents a été rendue publique. Si l’ampleur de cette déclassification retient l’attention, c’est surtout la prise de position officielle des autorités concernant l’existence supposée d’une liste parallèle de personnalités protégées qui marque cette séquence.
Selon les éléments relayés par notre source Al Jazeera, le procureur général adjoint Todd Blanche a confirmé la mise à disposition de plus de trois millions de pages, accompagnées de 2 000 vidéos et 180 000 images. Cette opération s’inscrit dans le cadre du « Epstein Files Transparency Act », une loi soutenue par les deux partis américains en novembre dernier pour garantir la transparence totale sur ce dossier fédéral.
Une réponse aux accusations de dissimulation
L’administration du président Donald Trump fait face à une surveillance étroite concernant le rythme de ces publications et la nature des caviardages effectués. Une partie de l’opinion publique et des observateurs soupçonne les autorités de soustraire certains noms influents à la justice. Face à ces interrogations, Todd Blanche a tenu à écarter formellement l’idée d’une protection organisée.
« Il existe cette hypothèse intégrée selon laquelle il y aurait une tranche cachée d’informations sur des hommes que nous connaissons, que nous couvrons ou que nous choisissons de ne pas poursuivre », a déclaré le haut responsable lors d’une conférence de presse, avant d’ajouter fermement : « Ce n’est pas le cas ». Le ministère assure que les retards initiaux, par rapport à l’échéance du 19 décembre, étaient dus à la nécessité de vérifier chaque document.
Ce que révèlent les archives visuelles et logistiques
Malgré ces démentis sur une dissimulation, les documents confirment la proximité du financier défunt avec l’élite mondiale. Des registres de vol, jusqu’ici inédits, attestent de déplacements de Donald Trump à bord du jet privé d’Epstein dans les années 1990. Ces trajets seraient antérieurs à la rupture des relations entre les deux hommes évoquée par l’ancien président.
Les fichiers contiennent également des images montrant des moments de socialisation impliquant des personnalités de premier plan. Parmi elles figurent le fondateur de Microsoft Bill Gates, l’ancien conseiller stratégique Steve Bannon, le réalisateur Woody Allen ou encore l’ancien président Bill Clinton, parfois présents sur l’île privée du financier. À ce jour, aucune de ces personnalités n’a fait l’objet d’inculpations criminelles dans ce dossier, à l’exception de l’ex-compagne du financier, Ghislaine Maxwell, qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison.
La protection des victimes comme priorité
Pour justifier les zones d’ombre restantes dans les documents, le département de la Justice explique avoir mobilisé des centaines d’avocats. Leur mission consistait à identifier et masquer les éléments susceptibles de révéler l’identité des victimes d’abus sexuels ou de compromettre des enquêtes en cours. Toutes les femmes apparaissant dans les fichiers visuels, hormis Ghislaine Maxwell, ont ainsi été floutées.
Ces révélations interviennent dans un contexte où les voix des victimes continuent de résonner, malgré la disparition de certains protagonistes. Virginia Roberts Giuffre, figure centrale des accusations qui avait notamment mis en cause le prince Andrew — déchu de ses titres royaux par le roi Charles III — est décédée en avril 2025 en Australie. Jeffrey Epstein, quant à lui, a été retrouvé mort dans sa cellule à New York en août 2019.