Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a entamé ce lundi une visite de deux jours en Algérie. Ce déplacement, le premier d’un officiel de ce rang depuis la fin de l’année 2022, vise à rétablir des ponts sur un terrain strictement délimité, alors que les relations diplomatiques entre Paris et Alger traversent une zone de turbulences persistante.
Invité par son homologue algérien Saïd Sayoud, Laurent Nuñez a affiché dès son départ un « état d’esprit très constructif ». L’objectif est clair : relancer une coopération sécuritaire qui s’est grippée au fil des crises politiques. Les discussions doivent couvrir un spectre large allant de la lutte contre le terrorisme au narcotrafic, en passant par la gestion des flux migratoires.
Cependant, un dossier technique particulièrement sensible pèse sur ces échanges. Au cœur des discussions figure la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Selon les informations rapportées par l’Agence Anadolu, le mécanisme de réadmission est actuellement au point mort : aucun ressortissant algérien visé par une OQTF n’a été accepté par Alger à ce jour. Le ministre français espère obtenir un « bougé » sur ce point précis, condition sine qua non pour fluidifier la relation bilatérale.
Ce déplacement intervient dans un climat alourdi par plusieurs mois de crispations. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, à l’été 2024, a marqué un point de rupture, suivi d’une série d’incidents diplomatiques incluant des arrestations et des expulsions croisées. Interrogé sur le cas du journaliste Christophe Gleizes, détenu en Algérie, Laurent Nuñez a tenu à dissocier les enjeux judiciaires de sa mission, insistant sur la priorité donnée aux « sujets sécuritaires ».
Pour les observateurs, cette visite constitue un test grandeur nature. Si aucune rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune n’est confirmée, la reprise d’un dialogue opérationnel, même restreint, marquerait une première étape vers une désescalade pragmatique entre les deux capitales.