À l’approche des élections locales de mai au Royaume-Uni, un enjeu de politique internationale s’invite avec force dans le débat municipal. Plus de 1 150 conseillers municipaux en exercice ont signé un engagement en faveur des droits des Palestiniens, signalant une volonté de transformer la solidarité en action politique concrète au niveau local.
Lancé en décembre par la Palestine Solidarity Campaign (PSC), le « Councillor Pledge for Palestine » exhorte les élus à prendre des mesures pour « faire respecter les droits » du peuple palestinien, à « tenir tête à Israël pour ses crimes de génocide et d’apartheid » et à garantir que leurs municipalités « ne sont pas complices ».
La mobilisation transcende les clivages partisans traditionnels. Selon la PSC, parmi les 1 152 signataires figurent 387 membres du Parti Vert, 375 du Parti Travailliste (au pouvoir), 115 Libéraux-Démocrates et même cinq élus du Parti Conservateur. Des centaines d’autres proviennent de partis régionaux comme le SNP écossais et le Plaid Cymru gallois, ou siègent en tant qu’indépendants.
Au cœur de cette initiative se trouve la campagne « Vote Palestine », qui vise à faire pression sur les conseils municipaux pour qu’ils adoptent des politiques alignées sur le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). L’un des objectifs principaux est le désinvestissement des fonds de pension des entreprises impliquées dans la production d’armement israélien. La PSC estime que plus de 12,2 milliards de livres sterling de ces fonds sont actuellement investis dans des sociétés jugées « complices de violations du droit international ».
S’inspirant de la campagne anti-apartheid des années 1980, qui avait vu plus d’une centaine d’autorités locales boycotter les produits sud-africains, les partisans de l’initiative estiment que l’échelon local a un rôle moral et politique à jouer. L’ancien leader travailliste Jeremy Corbyn a d’ailleurs appelé à faire de la question palestinienne un « enjeu non négociable » lors de ce scrutin.
Cette mobilisation place le gouvernement travailliste de Keir Starmer sous une pression considérable. Les élections de mai sont perçues comme un test crucial pour son leadership, déjà critiqué en interne pour sa gestion de la guerre à Gaza. Richard Burgon, député travailliste, avertit que le refus du parti de « défendre les droits du peuple palestinien » a déjà « gravement nui au Labour dans les urnes » et pourrait coûter la perte de « conseillers municipaux travailleurs et intègres ».
À Hackney, un bastion travailliste de Londres, la dynamique est palpable. Les six conseillers verts de l’arrondissement ont signé l’engagement, contre seulement trois de leurs homologues travaillistes. « Le conseil municipal a pris position contre l’apartheid sud-africain, il est temps que nous prenions une position similaire pour les Palestiniens », a déclaré Zoe Garbett, conseillère verte et candidate à la mairie.
La campagne s’inscrit dans un contexte plus large d’activisme, marqué par des défis juridiques et des candidatures symboliques. Amu Gib, un membre présumé du groupe Palestine Action, se présente au conseil d’Islington depuis sa cellule de prison. Son élection ferait de lui le premier prisonnier élu à une fonction publique au Royaume-Uni depuis la victoire parlementaire de Bobby Sands en 1981.
Pour Dan Iley-Williamson, organisateur politique à la PSC, le message est clair : « Le mouvement de masse pour la Palestine ne va pas disparaître. Vote Palestine portera nos revendications lors des élections de mai et délivrera un message à ceux qui briguent un mandat : si vous voulez nos voix, défendez la Palestine. »