Économie du Ramadan : un universitaire décortique le marché local et pointe une faille structurelle majeure

Le mois de jeûne au Sénégal ne se limite pas à une ferveur religieuse, il génère une superposition de dynamiques marchandes complexes. Dans une tribune publiée par Le Quotidien, l’universitaire Khadiyatoulah Fall propose une lecture détaillée de ce marché et identifie les freins qui empêchent sa véritable structuration.

Selon le document consulté par notre rédaction, le professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi distingue cinq sphères distinctes où circule le « halal » durant cette période. Il relève d’abord l’économie du don autour des mosquées, puis l’économie populaire et réactive de la rue à l’approche de la rupture du jeûne.

L’analyse met également en lumière la sphère domestique, pilotée par les femmes. L’auteur y observe un phénomène d’hybridation alimentaire, illustré par l’intégration croissante de charcuterie halal dans la traditionnelle baguette française. S’y ajoutent l’économie de distinction des hôtels et restaurants de standing, qui transforment l’iftar en événement social, et enfin l’économie de visibilité portée par les plateaux télévisés. Sur ce dernier point, l’universitaire souligne une absence récurrente : celle des enjeux diététiques et sanitaires face à l’abondance exposée dans les médias.

Malgré cette omniprésence, l’auteur pointe une faille centrale. Si le halal est une norme culturelle majoritaire au Sénégal, il souffre d’un éclatement structurel. Khadiyatoulah Fall indique qu’il manque une architecture transversale pour coordonner ces différents espaces. Il appelle ainsi à passer d’un halal simplement « vécu » à un halal « stratégique », ce qui implique une structuration des filières agroalimentaires, une clarification des mécanismes de certification et un accompagnement du secteur informel.

Dans sa conclusion, le chercheur formule une mise en garde explicite contre l’importation de modèles de régulation conçus à l’étranger. Il estime que le développement de ce secteur économique doit impérativement s’appuyer sur l’anthropologie locale et les équilibres sociaux existants, sous peine de se heurter à ce qu’il nomme le « mur de l’inadéquation ».

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