Comment le Sénégal parviendra-t-il à concilier le service de sa dette obligataire, les exigences du FMI et l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières ? C’est toute la question que pose le cabinet Oxford Economics dans une récente analyse de la situation financière de Dakar, scrutée par les investisseurs internationaux (Financial Afrik).
Une crédibilité à reconstruire après la révision de la dette
Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko en 2024, les autorités sénégalaises ont révélé l’ampleur réelle de la dette publique, bien supérieure aux chiffres communiqués sous Macky Sall. Cette transparence a dégradé la note souveraine, mais Oxford Economics y voit une condition préalable indispensable à un nouveau programme avec le FMI. En août 2025, une mission du FMI avait déjà constaté un ratio dette/PIB de 118,8 % fin 2024, contre 74,4 % annoncé auparavant.
Les eurobonds comme juge de paix
Malgré la défiance, le Trésor sénégalais continue d’honorer ses échéances d’eurobonds, un signal fort pour les marchés. Mais cette discipline de paiement dépend, selon Oxford Economics, de la combinaison entre les recettes pétrolières et gazières (projets Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim), les ressources fiscales internes et les appuis multilatéraux. Ces flux ne suffiront pas à absorber le mur de la dette attendu en 2026-2028.
Les négociations avec le FMI sont donc cruciales : un accord donnerait un sceau de crédibilité et faciliterait l’accès aux financements concessionnels. En novembre 2025, le FMI a proposé une approche sans remboursement anticipé pour le cas de « misreporting » sénégalais, sous réserve d’approbation du Conseil. Les conditionnalités attendues (réduction du déficit, rationalisation des subventions, élargissement de l’assiette fiscale) mettront à l’épreuve la marge politique du gouvernement, alors que les attentes sociales restent fortes. Africtelegraph a rapporté que ces négociations sont suivies de près par les investisseurs.
Par ailleurs, la trajectoire sénégalaise s’inscrit dans un réajustement budgétaire en Afrique de l’Ouest, où la fin de l’argent bon marché contraint les émissions souveraines régionales de l’UEMOA. Dans les prochaines semaines, l’issue des discussions techniques entre le ministère des Finances et la mission du FMI déterminera l’orientation du risque souverain sénégalais.
