La récente dégradation de la note souveraine du Sénégal par S&P Global Ratings, survenue dans le sillage des publications sur les emprunts contractés via les Total Return Swaps (TRS), s’inscrit dans un contexte financier complexe. Alors que le débat technique se concentre sur la comptabilisation de ces opérations, l’économiste Seydou Bocoum, invité de l’émission Objection sur Sud FM, livre une lecture structurelle de cette séquence. Selon les éléments rapportés par Sud Quotidien, l’expert identifie une dynamique d’influence visant directement les nouveaux choix d’endettement des autorités sénégalaises.
L’information centrale développée par Seydou Bocoum désigne le « lobbying des eurobonds » comme le moteur de la pression actuelle. L’économiste soutient que la frénésie des agences de notation et l’alerte initiale lancée depuis Londres par la presse internationale ne relèvent pas d’une simple vigilance comptable, mais d’une guerre de communication. Le motif de cette offensive résiderait dans la décision du gouvernement de privilégier désormais la monnaie locale pour s’endetter, contournant ainsi les devises étrangères. « Tous les prêts que le gouvernement a contractés cette année l’ont été en monnaie locale. Il s’est tourné vers le marché de l’UEMOA pour émettre des obligations », souligne-t-il, y voyant une politique endogène qui heurte des intérêts établis.
Dans son analyse, l’expert en technologies financières affirme que les fonds d’investissement, les agences de notation, le FMI et la Banque mondiale agissent de concert pour maintenir les États dans une dépendance aux emprunts en devises étrangères. Si le Sénégal maintient son orientation actuelle, il estime que le pays pourrait se passer des eurobonds d’ici quelques années.
Concernant spécifiquement les 750 millions de dollars levés via les TRS, au centre des récentes controverses sur les emprunts de l’État, Seydou Bocoum conforte les explications préalablement fournies par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba. L’opération est décrite comme une solution d’ingénierie financière face à un problème ponctuel de trésorerie : il s’agissait d’honorer l’échéance d’un eurobond sans pouvoir en émettre un nouveau. L’économiste rappelle que le TRS, en tant que produit dérivé, constitue techniquement une dette hors bilan. Il précise que l’intégration directe de ces montants dans le calcul de la dette publique contredirait les pratiques comptables internationales appliquées aux instruments hybrides.
Sur le plan macroéconomique global, la situation du Sénégal est jugée stable par l’économiste, malgré les divergences de prévisions de croissance entre le gouvernement (5 %) et le FMI (3 %). La difficulté principale se situe, selon lui, au niveau microéconomique, avec une pression persistante sur le quotidien des ménages. Le choix gouvernemental de se concentrer sur la réduction de la dette et du déficit répond à une volonté de se conformer aux critères de l’UEMOA, des règles que Seydou Bocoum qualifie de « davantage politiques qu’économiques ».