Le Sénégal fait face à une pression financière inattendue en pleine période de discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). Une analyse économique met en lumière l’utilisation récente d’instruments de trésorerie spécifiques, dont les clauses contractuelles menacent aujourd’hui la liquidité de l’État suite à la révision de sa note souveraine.
Dans une contribution publiée par le journal Le Quotidien, l’économiste Dr Cherif Salif SY détaille l’impact des « swaps de rendement total » contractés par les autorités en mai et juin 2025. Ces montages financiers, initialement documentés par le Financial Times, génèrent une couche de dette dissimulée. Ils sont assortis de garanties basées sur des obligations domestiques en franc CFA et incluent des clauses d’accélération.
Le déclenchement de ces clauses représente le risque le plus imminent. Les récentes dégradations de la note du Sénégal par les agences Moody’s (Caa1, perspective négative) et S&P (CCC+) ont atteint les seuils d’activation de la « clause Fab ». Selon les éléments exposés par l’économiste, cette situation expose techniquement le pays à un appel de remboursement anticipé s’élevant à 300 millions d’euros.
Outre l’urgence liée à la liquidité, ces instruments structurels compromettent la capacité de l’État à réorganiser ses passifs. Le principe de comparabilité de traitement, essentiel dans le Cadre commun du G20 pour la restructuration de la dette, se trouve contourné. Les créanciers protégés par ces swaps collatéralisés disposent de garanties supérieures, les privant de toute incitation à participer à un effort proportionné aux côtés des autres bailleurs.
L’analyse parue dans Le Quotidien relève également une continuité dans l’opacité des finances publiques. Ces contrats ont été conclus sous l’autorité du nouveau gouvernement, peu après l’audit ayant révélé les 7 milliards de dollars de dette non déclarée de la précédente administration.
La structure de ces nouveaux engagements intègre des obligations de confidentialité strictes, exigeant une notification préalable au prêteur avant toute divulgation. Conséquence directe de cette asymétrie d’information : le FMI a indiqué ne pas avoir eu communication des conditions de ces swaps. Les analyses de soutenabilité de la dette, sur lesquelles reposent les programmes d’aide en cours de négociation, sont donc conduites sur la base de données incomplètes.