La fermeture d’écoles, les déplacements massifs de populations et l’implantation de groupes armés rythment désormais le quotidien des pays du Sahel. Confrontées à des crises sécuritaires, politiques et sociales qui s’alimentent mutuellement, ces sociétés ont un besoin urgent de médiateurs capables de maintenir ouvert l’espace du dialogue, a affirmé Demba Kandji, le médiateur de la République.
Il s’exprimait mardi à Dakar, lors de la leçon inaugurale du Diplôme universitaire en « Médiation, dialogue social et règlement des conflits en Afrique », un programme porté par l’Université Toulouse 1 Capitole en partenariat avec des établissements sénégalais. Selon Demba Kandji, cité par l’APS, le médiateur professionnel « n’est pas celui qui a réponse à tout », mais « celui qui sait poser les bonnes questions, écouter ce qui se dit et ce qui ne se dit pas ».
Pour le magistrat, les crises au Sahel ne peuvent être traitées de manière isolée. Il a décrit une superposition inédite de facteurs : insécurité liée à la mobilité des groupes armés, vulnérabilité des économies agro-pastorales, recompositions politiques comme la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger après leur retrait de la CEDEAO. « Chaque dimension nourrit les autres dans des boucles de rétroaction qui rendent les solutions sectorielles inopérantes », a-t-il averti.
Cette instabilité sahélienne préoccupe particulièrement le Sénégal. Fin mai 2026, le ministre des Affaires étrangères Cheikh Niang avait réaffirmé devant l’Assemblée nationale la détermination du gouvernement à empêcher que l’insécurité ne franchisse les frontières, tout en maintenant un dialogue permanent avec Bamako. La tenue de ce diplôme universitaire à Dakar s’inscrit dans cette volonté de renforcer les compétences locales en médiation.
Demba Kandji a insisté sur la nécessité de former des médiateurs dotés de compétences diagnostiques, interculturelles et procédurales, guidés par une forte exigence éthique. « La paix au Sahel ne sera pas donnée, elle sera construite, et elle se bâtira avant tout par la parole partagée », a-t-il souligné devant les étudiants réunis dans le grand amphithéâtre de la faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

