Décret sur la Falémé : Le collectif des miniers dévoile le volume d’or qui échappe désormais au contrôle de l’État

Depuis l’application du décret n°2024-1509, la rive gauche du fleuve Falémé fait l’objet d’une surveillance administrative stricte, suspendant toute opération minière et délivrance de titres dans un rayon de 500 mètres. Cette mesure, destinée à assainir le secteur, a provoqué une réaction structurée du Collectif des Promoteurs de l’Exploitation Minière Semi-Mécanisée et des Carrières du Sénégal (CPEMSCS). Selon les acteurs de terrain, l’application rigide du texte a engendré une reconfiguration immédiate de l’activité aurifère, produisant des effets contraires aux objectifs de formalisation.

Le texte réglementaire, qui impose un gel des activités jusqu’au 30 juin 2027, a entraîné l’arrêt des chantiers pour plusieurs entreprises détentrices de permis. D’après les informations relayées par Emedia, le collectif pointe une situation d’impasse économique caractérisée par le chômage technique des employés et le rejet des demandes de redéploiement vers d’autres sites, malgré des mois d’attente administrative.

Au-delà de l’arrêt de la production formelle, les promoteurs mettent en lumière un mécanisme de vases communicants jugé pervers. Le retrait forcé des acteurs semi-mécanisés, qui devaient servir de modèle intermédiaire de transition, a laissé le champ libre à une recrudescence de l’orpaillage clandestin. Les données avancées par les professionnels font état d’environ 31 000 personnes désormais impliquées dans cette filière artisanale non régulée. Cette activité parallèle générerait près de 6 tonnes d’or par an, une production qui échappe en grande partie aux circuits officiels et aux recettes fiscales de l’État.

Cette dynamique informelle s’installe dans un contexte de déséquilibre structurel de la production nationale. Sur les 16 tonnes d’or attendues officiellement au Sénégal en 2025, près de 90 % proviendront des multinationales, ne laissant que 10 % aux acteurs locaux. Le collectif dénonce à ce titre une inégalité de traitement dans l’accès au foncier minier, soulignant que les opérateurs nationaux font face à des procédures de plus de deux ans pour obtenir des autorisations, là où certains acteurs étrangers bénéficieraient de circuits plus rapides.

Face à ce constat, le CPEMSCS appelle à une révision de l’approche étatique, plaidant pour une politique d’encadrement plutôt que d’interdiction pure. Pour ces acteurs, la semi-mécanisation reste le seul levier capable de réduire les risques d’accidents et de garantir que les retombées de l’exploitation profitent également au tissu économique local.

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