Crise dans le détroit d’Ormuz : le volume record débloqué par 32 pays pour contrer le blocus iranien

Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, les eaux du détroit d’Ormuz sont devenues l’épicentre d’une crise énergétique mondiale. Téhéran bloque le passage des navires transportant 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié de la planète, provoquant une tension immédiate sur les approvisionnements. Le prix du baril de Brent a ainsi franchi la barre des 100 dollars, contre environ 65 dollars avant le début des hostilités.

Face à ce choc économique, une réponse coordonnée a été actée. D’après les données relayées par Al Jazeera, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont convenu, le 11 mars, de puiser 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques d’urgence. Il s’agit du plus grand prélèvement de l’histoire de l’organisation, dépassant largement les 182 millions de barils libérés en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Cette mesure intervient dans un climat d’extrême volatilité militaire. L’administration de Donald Trump a initialement lancé un ultimatum de 48 heures à l’Iran pour rouvrir le détroit, sous peine de frappes sur ses centrales électriques. Téhéran a répliqué en menaçant de cibler les infrastructures électriques en Israël et celles desservant les installations militaires américaines dans la région, tout en promettant une fermeture totale du détroit en cas d’attaque. Lundi, le président américain a ordonné une pause de cinq jours des frappes prévues, évoquant des pourparlers en cours, une affirmation démentie par la diplomatie iranienne.

Ces frictions s’ajoutent à une instabilité globale au Moyen-Orient, marquée par des baisses de production pétrolière décidées par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït, et par une récente mobilisation de plusieurs pays arabes face aux frappes iraniennes.

Pour compenser la paralysie d’Ormuz, les principales puissances économiques mobilisent leurs stocks nationaux. Les États-Unis, qui détiennent 415 millions de barils, prévoient d’en libérer 172 millions cette année. L’administration américaine a déjà prêté 45,2 millions de barils aux compagnies pétrolières. Le Japon, fortement dépendant des importations, a annoncé le prélèvement de 80 millions de barils sur ses réserves estimées à 470 millions. Le Royaume-Uni contribuera à hauteur de 13,5 millions de barils.

Du côté de l’Union européenne, l’Espagne a approuvé la libération de 11,5 millions de barils sur 90 jours. L’Allemagne, la France et l’Italie maintiennent également des dizaines de millions de barils mobilisables sous quelques jours pour répondre à leurs obligations envers l’AIE.

Hors de l’AIE, la Chine possède la plus grande réserve stratégique au monde, un stock estimé à plus de 1,13 milliard de barils fin 2025. Face à l’escalade, les entreprises chinoises, qui absorbaient jusqu’ici plus de 80 % du pétrole iranien expédié, ont sollicité l’autorisation d’utiliser ces réserves nationales. Le groupe Sinopec a officiellement annoncé l’arrêt de ses achats de brut iranien en raison du conflit.

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