La justice belge a porté un coup significatif aux réseaux de soutien du séparatisme armé camerounais. Ce mardi, le parquet fédéral a annoncé l’interpellation de quatre personnes soupçonnées de financer les Forces de défense de l’Ambazonie (ADF), un groupe au cœur du sanglant conflit qui déchire les régions anglophones du Cameroun. Les chefs d’accusation sont d’une extrême gravité : crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
L’opération, menée dimanche lors de perquisitions simultanées à Anvers et Londerzeel, a conduit au placement en détention provisoire de trois des suspects. Une quatrième personne a été libérée, sans que d’éventuelles conditions n’aient été précisées. Ces arrestations sont l’aboutissement d’une enquête d’envergure, menée en étroite coopération avec les autorités norvégiennes et américaines.
Selon le parquet, les individus interpellés, qui résident en Belgique, feraient partie de la direction du groupe armé. Leur rôle présumé était central dans la logistique financière du mouvement. « Depuis la Belgique, des fonds auraient été collectés pour l’achat d’armes et de munitions », a détaillé le parquet dans un communiqué, ajoutant que ces ressources étaient destinées à financer « des attaques et des liquidations au Cameroun ».
L’enquête belge, ouverte à l’été 2023, se concentre sur des faits commis au Cameroun depuis 2020. Elle s’inscrit dans le cadre des crimes de droit international, les plus graves reconnus par la justice mondiale. L’affaire trouve un écho direct en Norvège, où le chef présumé de l’ADF, Lucas Cho Ayaba, est détenu depuis septembre 2024 pour des accusations similaires, qu’il rejette fermement.
Ce volet judiciaire européen met en lumière un conflit souvent oublié. Depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, héritage de l’ancien mandat britannique, sont le théâtre d’une insurrection séparatiste. Née de la répression de manifestations pacifiques dénonçant la marginalisation de la minorité anglophone par le pouvoir central de Yaoundé, dirigé par Paul Biya depuis 1982, la crise a dégénéré en conflit armé. Selon l’ONG Human Rights Watch, les violences ont déjà coûté la vie à au moins 6 000 civils, plongeant la région dans une grave crise humanitaire.