Cour de justice de la CEDEAO : le dilemme entre justice et réalités politiques

La conférence internationale organisée à Dakar replace la juridiction communautaire au centre des débats sur l’avenir de l’intégration ouest-africaine. Elle se tient alors que la région traverse des changements profonds et une période d’incertitude, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, à la tête d’une CEDEAO désormais réduite à douze États.

Le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger, effectif depuis le 29 janvier 2025, a modifié le périmètre politique de l’organisation. Il pose aussi la question de la portée concrète de l’intégration régionale, alors que les échanges entre les pays membres restent inférieurs à 15 %. Les trois États sahéliens envisageraient en outre de lancer leur propre monnaie commune d’ici 2027, ce qui accentue les incertitudes autour de la cohésion économique de l’espace communautaire.

La Cour de justice de la CEDEAO se trouve au cœur de cette réflexion. Ernest Kofi Abotsi, doyen de la faculté de droit de l’Université des études professionnelles d’Accra, estime qu’elle doit trouver un équilibre entre ses exigences judiciaires et les contraintes politiques.

Intervenant à Dakar, comme le rapporte l’APS, le professeur de droit a évoqué les tensions entre démocratie, droits de l’homme, géopolitique et intégration régionale. Il a décrit une institution placée dans une situation délicate, appelée à préserver sa neutralité et son impartialité alors même que le cadre politique et institutionnel de la CEDEAO se recompose.

La rencontre doit aussi permettre d’examiner le fonctionnement d’une juridiction qui a commencé ses activités sans modèle préétabli. Elle s’inscrit dans une région où les transitions démocratiques et les tensions constitutionnelles se multiplient, tandis que les instruments communs, comme le tarif extérieur de la CEDEAO entré en vigueur en 2015, doivent continuer à produire des effets dans un espace désormais moins large.

Ernest Kofi Abotsi a également cité les crises sécuritaires et l’extrémisme violent parmi les problèmes qui se renforcent mutuellement en Afrique de l’Ouest. Il a ajouté que les technologies et la restructuration économique influencent désormais les équilibres régionaux.

La conférence porte sur « La Cour de justice de la CEDEAO à la croisée des chemins : justice, innovation, protection des droits de l’homme et avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest ».

La rencontre est prévue sur cinq jours. Ernest Kofi Abotsi préside aussi le conseil d’administration d’Accra Technical University.

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