Depuis le début des hostilités avec les États-Unis et Israël le 28 février, l’Iran traverse une période d’isolement numérique sans précédent. Alors que la population tente de s’informer et de maintenir ses activités économiques, l’accès au réseau mondial a été drastiquement réduit par le gouvernement, plongeant le pays dans une situation inédite à l’échelle internationale.
Selon les données du moniteur mondial NetBlocks, relayées par Al Jazeera, la connectivité à l’internet mondial en Iran stagne autour de 1 % de son niveau d’avant-guerre. Cette restriction imposée par l’État constitue la plus longue coupure nationale jamais enregistrée dans un pays. NetBlocks précise que l’Iran est la première nation à disposer d’une connectivité internet globale pour ensuite la perdre au profit d’un réseau national restreint. Aucune autre zone de conflit n’a connu une déconnexion d’une telle ampleur sur une aussi longue durée.
Les conséquences sur l’économie, déjà fragilisée par l’inflation et les destructions d’infrastructures, sont immédiates. Dans le secteur technologique, les licenciements se multiplient. Kamran, un concepteur de produits basé près de Téhéran, a indiqué à Al Jazeera avoir perdu son emploi au retour des vacances de Norouz, après avoir échappé à une première vague de renvois consécutive à une précédente coupure de 20 jours en janvier. Pour limiter les licenciements immédiats, certaines entreprises technologiques réduisent les augmentations salariales et privilégient désormais les contrats à court terme de trois mois.
Actuellement, l’accès à l’internet mondial est réservé à une minorité. La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a justifié cette politique en déclarant que l’accès était maintenu pour ceux capables de « faire entendre la voix » du pays, incluant les hauts responsables et les agences de presse affiliées à l’État. Les autres citoyens doivent se tourner vers des connexions par proxy très coûteuses et souvent instables.
Face à cette situation, les autorités iraniennes préparent la mise en place d’un système d’internet à plusieurs vitesses, prévu pour durer au-delà du conflit. Un guide officiel a été diffusé au sein des communautés d’affaires, exigeant des professionnels qu’ils soumettent des documents justificatifs via une application de messagerie d’État nommée Bale pour demander une connexion internationale. Parallèlement, des journalistes et des utilisateurs ont reçu des notifications pour s’inscrire à une offre baptisée « Internet Pro ». Ces forfaits spécifiques, proposés par les opérateurs de télécommunications, prendraient la forme de paquets de données annuels commercialisés à des tarifs supérieurs à ceux des offres classiques, sans qu’aucun remboursement ne soit prévu pour les services non fournis durant le blackout actuel.