Contredit par l’ONU et Donald Trump sur le bilan des émeutes, l’Iran publie ses chiffres et formule une exigence

La gestion de la contestation populaire en Iran continue de creuser un fossé entre Téhéran et la communauté internationale. Alors que des voix diplomatiques s’élèvent pour dénoncer une répression massive, le gouvernement iranien a décidé de contre-attaquer en livrant sa propre lecture de la situation.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé la publication d’une liste recensant 3 117 personnes décédées lors des récentes manifestations. Les autorités qualifient ces morts de « victimes de récentes opérations terroristes », précisant que près de 200 membres des forces de sécurité figurent parmi eux. Sur le réseau social X, le chef de la diplomatie a mis au défi quiconque contesterait l’exactitude de ces données de fournir des preuves. Il avait précédemment affirmé que 690 personnes sur cette liste étaient des éléments armés et financés par les États-Unis et Israël.

Cette communication officielle tranche radicalement avec les bilans avancés à l’étranger. Le président Donald Trump a récemment déclaré à la presse que 32 000 personnes avaient été tuées lors des troubles. Du côté des Nations Unies, Mai Sato, rapporteuse spéciale sur les droits de l’homme en Iran, estime que plus de 20 000 civils pourraient avoir perdu la vie. Face au filtrage massif d’Internet maintenu par l’État, trente experts internationaux ont signé une déclaration commune exigeant des éclaircissements sur le sort de dizaines de milliers de personnes arrêtées ou portées disparues. L’organisation HRANA, basée aux États-Unis, documente pour sa part plus de 7 000 décès et enquête sur près de 12 000 autres cas.

Sur le terrain, la tension reste vive. À l’Université Sharif de Téhéran, des heurts ont éclaté entre des étudiants et des membres du groupe paramilitaire Basij, affilié aux Gardiens de la révolution. Parallèlement, des enseignants ont observé une grève dans plusieurs villes proches de la capitale pour protester contre la mort d’au moins 230 enfants et adolescents, ainsi que contre la présence accrue des forces de l’ordre dans les établissements scolaires. Ce climat d’instabilité, couplé aux risques d’escalade militaire dans la région, a poussé la Serbie à demander à ses ressortissants de quitter immédiatement le territoire iranien.

Malgré la volonté du gouvernement de placer les prochaines cérémonies du Nouvel An iranien (Newroz) sous le signe de l’unité, les familles des victimes organisent leurs propres commémorations. À l’occasion du quarantième jour de deuil, de nombreux rassemblements se sont tenus à travers le pays. Rompant avec les rituels religieux promus par l’État, les proches des défunts ont choisi d’honorer la mémoire des disparus par des applaudissements, des percussions et des danses traditionnelles, marquant une forme de résistance symbolique face aux autorités.

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