Contredisant formellement la baisse spectaculaire annoncée par l’enquête Gats, les blocages administratifs précis que la Listab pointe pour alerter sur la réalité

La publication des résultats de l’enquête internationale Gats 2025, censée faire autorité en matière de santé publique, aurait dû être accueillie comme une victoire. Les données avancent une réduction significative de la consommation de tabac au Sénégal. Pourtant, ces chiffres se heurtent à une contestation virulente de la part des acteurs locaux de la lutte antitabac, qui y voient une déconnexion totale avec la réalité observée dans les quartiers et les régions.

Selon les conclusions de l’enquête Global Adult Tobacco Survey (Gats 2025), le Sénégal enregistrerait une baisse de plus de 25 % de la consommation de tabac chez les adultes, situant désormais le taux de fumeurs à 4,4 %. Une statistique présentée comme un succès, mais immédiatement qualifiée d’« infox » par la Ligue sénégalaise contre le tabac (Listab). D’après les informations rapportées par Le Quotidien, l’organisation, soutenue par le collectif « Afrique Sans Tabac », rejette en bloc cette lecture optimiste, évoquant une stratégie de « désinformation ».

Pour le président de la Listab, Amadou Moustapha Gaye, la réalité du terrain indique au contraire une recrudescence du tabagisme. Cette analyse s’appuie sur un constat d’inertie administrative qui empêche, selon lui, tout recul effectif de la consommation. L’organisation pointe spécifiquement le blocage du décret régissant les débits de tabac, immobilisé dans le circuit administratif depuis plus de cinq ans, ainsi que l’inexécution persistante de la loi antitabac de 2014 sur le territoire national.

Au-delà de l’absence d’application des textes, la structure critique l’inefficacité des mesures fiscales récentes. L’augmentation de 5 % de la taxe sur le tabac est décrite comme un « coup d’épée dans l’eau », jugée trop faible pour impacter les comportements d’achat. Ces éléments factuels servent de base à la Listab pour démontrer que les conditions d’une baisse de 25 % ne sont techniquement pas réunies.

L’organisation va plus loin en identifiant la source de ce qu’elle considère comme une distorsion des chiffres. Elle dénonce une violation de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS, qui interdit l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques de santé. Selon Amadou Moustapha Gaye, l’influence exercée par les cigarettiers et certains partenaires étrangers sur l’élaboration des politiques nationales expliquerait ce décalage entre les statistiques officielles et l’urgence sanitaire constatée par la société civile.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire