L’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran se répercute directement sur le marché énergétique mondial. Moins de trois semaines après le début des hostilités fin février, les observateurs du marché revoient leurs prévisions à la hausse face aux perturbations maritimes majeures dans le Golfe.
Le 18 mars, une frappe israélienne sur le gisement gazier iranien de South Pars a entraîné des attaques de représailles de Téhéran. Ces événements, qui s’inscrivent dans l’escalade militaire touchant également le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, ont poussé le prix du baril de brut au-delà de 108 dollars. Auparavant, le Brent, référence mondiale, avait déjà frôlé les 120 dollars le 9 mars et ne redescend plus sous la barre des 100 dollars.
L’élément central de cette tension tarifaire réside dans le détroit d’Ormuz. Par cette voie transite habituellement environ un cinquième de l’offre mondiale de pétrole en temps de paix. Suite à la fermeture déclarée par l’Iran au début du conflit, le trafic est quasiment à l’arrêt. Seuls quelques navires battant pavillon indien, pakistanais, turc ou chinois ont été autorisés à passer ces derniers jours. Le président américain Donald Trump n’est pas parvenu à rallier un soutien international pour former un convoi naval destiné à rouvrir le détroit.
Dans ce contexte, plusieurs analystes interrogés par Al Jazeera estiment que les prix pourraient franchir la barre des 150, voire des 200 dollars le baril si le blocage se prolonge. Vandana Hari, fondatrice de Vanda Insights, précise que des bruts du Moyen-Orient comme l’Oman et le Dubaï ont déjà franchi le cap des 150 dollars. Un porte-parole militaire iranien a d’ailleurs publiquement évoqué la perspective d’un baril à 200 dollars, avertissant que le monde devait s’y préparer.
Malgré l’engagement de plusieurs pays à libérer 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques en coordination avec l’Agence internationale de l’énergie, les volumes ne suffisent pas à compenser l’arrêt du transport maritime. Le groupe OCBC évalue le déficit quotidien du marché mondial à environ 10 millions de barils, même en tenant compte de ces réserves.
Les conséquences d’un baril à 200 dollars pèseraient lourdement sur l’économie mondiale. Selon les données du Fonds monétaire international, chaque hausse de 10 % du prix du pétrole maintenue sur un an correspond à une augmentation de 0,4 % de l’inflation mondiale et à une baisse de 0,15 % de la croissance. Adi Imsirovic, expert en énergie à l’Université d’Oxford, a indiqué à Al Jazeera qu’un tel niveau de prix impacterait l’emploi et provoquerait des pénuries allant du carburant aux engrais et plastiques. À titre de comparaison, le record historique du Brent s’établit à 147,50 dollars en 2008, ce qui équivaut à environ 224 dollars actuels.
Certains experts nuancent toutefois la probabilité de ce scénario extrême. Sasha Foss, analyste chez Marex à Londres, a déclaré à Al Jazeera que la perspective d’un Brent à 200 dollars restait peu probable, soulignant l’augmentation de la production dans des pays comme les États-Unis, le Canada ou le Guyana, ainsi que l’existence d’itinéraires alternatifs.
Enfin, les spécialistes rappellent le mécanisme de « destruction de la demande » : face à des prix trop élevés, les acheteurs finissent par réduire leur consommation. Bien que la demande de pétrole soit difficilement compressible, ce phénomène finirait par modérer les cours, comme l’ont expliqué Bob McNally de Rapidan Energy Group et Gregor Semieniuk de l’Université du Massachusetts à Al Jazeera.