La complexité des produits financiers, les barrières linguistiques et la méfiance envers l’administration fiscale constituent des obstacles majeurs à l’éducation financière des entrepreneurs sénégalais, a alerté Fatoumata Binetou Mbengue, cheffe du département chargé de l’appui à la création d’entreprise à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD).
Lors d’un panel sur l’éducation financière et l’inclusion économique des femmes, organisé dans le cadre des assises de l’Observatoire de la qualité des services financiers à Dakar, Mme Mbengue a illustré la complexité des produits financiers par l’exemple des contrats d’assurance. »Ceux qui les élaborent emploient des termes tellement complexes que les souscripteurs s’engagent sans savoir vraiment ce qu’ils signent », a-t-elle signalé. À cette difficulté s’ajoute, selon elle, la méfiance envers l’administration fiscale, qui pousse de nombreuses entreprises à éviter la formalisation. L’APS rapporte que ces constats ont été partagés lors de ce panel.
Pourtant, des mécanismes alternatifs existent pour contourner ces blocages. Cofina Sénégal a ainsi débloqué 480 millions de francs CFA en un an via un système qui s’affranchit des critères bancaires classiques, ciblant spécifiquement les femmes entrepreneures. Une preuve que des solutions adaptées peuvent émerger en dehors du circuit traditionnel.
Barrières linguistiques et confusion budgétaire
L’inaccessibilité de l’information est un autre frein majeur. »Les gens ne savent pas où aller, ni comment faire pour avoir les éléments nécessaires au développement de leurs activités », a relevé Mme Mbengue. Presque tous les contrats et documents financiers sont rédigés en français, une langue que ne comprennent pas de nombreux entrepreneurs sénégalais. Elle propose de dispenser des formations en langues nationales et de rédiger les contrats dans ces mêmes langues.
Fatoumata Binetou Mbengue a également pointé une confusion fréquente entre budget personnel et budget d’entreprise, qui entraîne une mauvaise gestion de la trésorerie et menace la viabilité des sociétés. Pour y remédier, la CCIAD propose des formations.
Parallèlement, des initiatives institutionnelles tentent de renforcer le lien entre PME et banques. L’Académie de Financement de l’ADEPME, soutenue par la BCEAO et la GIZ, vise à améliorer l’accès au crédit des PME en renforçant la qualité des dossiers soumis aux établissements financiers. Un levier complémentaire pour lever les freins identifiés.
Face à ces défis, la Chambre de commerce travaille à la mise en place d’une plateforme de soutien à la transformation numérique et à l’amélioration de l’accès aux services d’accompagnement des entreprises, a annoncé Mme Mbengue.
