Près d’un an après le succès international du documentaire No Other Land, récompensé aux Oscars, la situation sur le terrain ne s’est pas apaisée pour ses protagonistes. Alors que le film mettait en lumière les tensions à Masafer Yatta, en Cisjordanie occupée, la réalité a rattrapé la famille du coréalisateur Hamdan Ballal. Dimanche dernier, un incident survenu dans son village natal de Susya a illustré le fossé grandissant entre les décisions judiciaires et leur application par les forces militaires sur place.
Le week-end dernier, des colons israéliens ont pénétré dans le village de Susya, ciblant directement le domicile de Hamdan Ballal. Pourtant, la zone bénéficiait théoriquement d’une protection juridique spécifique. Deux semaines auparavant, un tribunal israélien avait émis une ordonnance désignant les environs de la maison comme zone fermée aux non-résidents. C’est fort de ce document que la famille a sollicité l’intervention de l’armée pour faire respecter la loi et éloigner les intrus.
L’arrivée des officiers israéliens a cependant pris une tournure que les plaignants n’avaient pas anticipée. Selon les déclarations de Hamdan Ballal à la chaîne Al Jazeera, les militaires ne se sont pas interposés pour faire appliquer l’ordonnance d’expulsion des colons. Au contraire, ils se sont rangés du côté des assaillants. « La décision était censée améliorer les choses pour nous, mais c’est l’inverse qui s’est produit », a confié le réalisateur.
Le bilan de cette intervention est lourd pour la famille Ballal. L’un de ses frères a été hospitalisé pour des difficultés respiratoires après avoir subi une prise d’étranglement effectuée par un officier. Quatre autres membres de la famille — deux frères, un neveu et un cousin — ont été détenus plusieurs heures avant d’être relâchés. Hamdan Ballal précise avoir reconnu parmi les assaillants le même colon qui l’avait agressé à son retour de la cérémonie des Oscars en mars dernier.
Ce changement de dynamique dans les agressions ne doit rien au hasard. Selon le réalisateur, les représailles visent désormais spécifiquement sa famille plutôt que sa propre personne, une stratégie destinée à éviter l’attention médiatique internationale qu’impliquerait une attaque directe contre une figure du cinéma. Ses proches se voient régulièrement interdire l’accès aux pâturages, sont interrogés sur ses déplacements ou intimidés pour qu’ils quittent leur domicile.
Cet incident s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement en Cisjordanie. Le gouvernement de coalition israélien a récemment annoncé la reprise des processus d’enregistrement des terres, une première depuis 1967, faisant craindre aux organisations de défense des droits de l’homme une accélération des déplacements de population. D’autres figures liées au film ont également payé un lourd tribut, à l’image du militant Awdah Hathaleen, consultant pour le documentaire, tué par balle en juillet dernier dans le village d’Umm al-Khair.