Une carcasse jaune et bleue, des visages derrière les fenêtres, et une inscription qui claque : « Le chemin est le but ». L’artiste sénégalais Cheikh Diallo livre une œuvre textile monumentale, un car rapide transformé en architecture humaine, à la fois véhicule et théâtre social.
Le jaune lumineux du toit heurte le bleu profond de la carrosserie, posé sur un fond bordeaux qui accentue la tension. À l’intérieur, à la place des passagers, des masques africains occupent les sièges. On y reconnaît « Eléti », issu de la culture yoruba du Nigeria, et « Kanaga », emblème dogon du Soudan, rapporte le site dakar92.
Pour Cheikh Diallo, ce car rapide dépasse le simple moyen de transport. Il devient une métaphore du Sénégal contemporain, un pays en mouvement perpétuel, secoué par les turbulences de son époque. Cette icône populaire infuse désormais tous les pans de la création nationale, jusqu’au maillot domicile des Lions de la Teranga pour 2026, dont le motif multicolore puise directement dans l’esthétique du Car Rapide dakarois. La phrase « Le chemin est le but » agit comme une déflagration philosophique, invitant à repenser la course de la société.
Exécutée avec une maîtrise textile remarquable, l’œuvre joue sur les coutures visibles, les superpositions de tissus et les motifs décoratifs floraux. Ces détails apportent une poésie populaire au milieu du tumulte visuel. Les masques, eux, viennent de plusieurs pays africains pour montrer que l’art n’a pas de frontières.
Présentée dans le cadre de l’exposition « Xel mooy dawal », l’installation fait du car rapide un espace de contemplation. « Dans un véhicule, on descend une fois à destination ; au musée, les visiteurs défilent devant les masques, les contemplent, puis laissent place à d’autres regards », résume l’artiste.
