Lors d’un forum organisé à Ziguinchor pour restituer une étude, le CRELIHAC de la Fondation Konrad-Adenauer a appelé à mieux préparer le retour des populations déplacées en Casamance. La recherche porte sur la période post-conflit et sur le rôle de l’État dans ce processus.
La région connaît depuis plusieurs années une accalmie, après un conflit armé déclenché en décembre 1982. Cette situation a favorisé le retour de personnes déplacées et de réfugiés. Selon l’ANRAC, 203 des 244 villages vidés par le conflit ont retrouvé leurs habitants. Une évaluation menée en novembre 2025 confirme l’évolution positive de cette dynamique, soutenue notamment par le Plan Diomaye pour la Casamance.
Ce retour ne signifie toutefois pas que les conséquences du conflit ont disparu. Depuis 1982, les mines ont fait 870 victimes, dont 186 civiles prises en charge par le CNAMS. Quelque 2,2 millions de mètres carrés ont été déminés dans 144 zones depuis 2008, mais 1,3 million de mètres carrés restent encore à traiter. Le département de Bignona concentre à lui seul 42 zones dangereuses, soit plus de la moitié des sites contaminés.
« Nous sommes dans une situation de ni paix ni guerre », a expliqué Paul Diédhiou, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor et coauteur du travail. Il a indiqué que les départs comme les retours avaient produit des problèmes auxquels il fallait désormais se préparer. La présence persistante de zones dangereuses complique notamment la reprise complète de la vie dans certains villages et rappelle que le retour des habitants doit s’accompagner d’un effort durable de sécurisation.
Le problème de l’état civil des enfants déplacés figure parmi les points relevés. Beaucoup d’enfants sont nés ailleurs pendant l’exil, notamment en Guinée-Bissau, sans disposer d’extrait de naissance. Les premières audiences foraines lancées par l’État n’avaient pas donné les résultats attendus. Une seconde vague, engagée dans le cadre du Plan Diomaye pour la Casamance, semble en revanche plus concluante, selon le chercheur.
L’étude signale aussi la nécessité d’un accompagnement plus marqué de l’État dans les zones encore affectées par le conflit, ainsi que la discontinuité des financements. Comme l’a rapporté l’APS, ses auteurs ont mené leur diagnostic en allant à la rencontre de personnes déplacées et de celles qui ont regagné leur village d’origine. L’enjeu est désormais de transformer les retours enregistrés en réinstallation durable, avec des services accessibles, un état civil régularisé et des terres débarrassées des mines.
Séparée du nord du Sénégal par la Gambie, la Casamance a été marquée par l’insurrection du MFDC, après la répression d’une marche par les pouvoirs publics sénégalais en décembre 1982.
En 2020, l’armée sénégalaise a mené des opérations d’envergure pour neutraliser des bases rebelles et faciliter le retour des personnes déplacées.




