Bangladesh : Le parti vainqueur rafle la majorité absolue et publie une consigne qui tranche avec l’euphorie

C’est un tournant politique majeur pour le Bangladesh, marqué par la tenue des premières élections depuis le soulèvement populaire de 2024. Alors que les résultats non officiels dessinent une nouvelle carte politique dominée par le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), l’attention se porte autant sur l’ampleur de la victoire que sur la réaction mesurée de ses dirigeants.

Selon les chiffres communiqués par les responsables électoraux à Al Jazeera, le BNP a largement franchi le seuil de la majorité parlementaire. Avec 209 sièges sécurisés sur les 300 que compte le Parlement, la formation politique s’apprête à former le prochain gouvernement, probablement dès ce dimanche. Cette performance électorale ouvre la voie à Tarique Rahman, fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia, pour prendre la tête de l’exécutif.

**Une consigne de sobriété stricte**

Malgré ce raz-de-marée électoral, la direction du parti a pris une décision qui contraste avec les scènes de liesse habituelles en pareille circonstance. Dans un communiqué officiel, le BNP a explicitement demandé à la population et à ses militants de s’abstenir de toute grande célébration. « Malgré la victoire… par une large marge de voix, aucun cortège ou rassemblement festif ne doit être organisé », précise le texte. Le parti invite plutôt ses partisans à offrir des prières spéciales, imposant une atmosphère de gravité et de retenue.

Ce retour au pouvoir de Tarique Rahman intervient après 17 années d’exil au Royaume-Uni. L’homme de 60 ans, qui n’a jamais exercé de fonction gouvernementale auparavant, est rentré au pays en décembre dernier. S’il n’a pas encore commenté publiquement les résultats, il a été aperçu vendredi quittant son domicile de Dhaka pour se rendre à la mosquée.

**Le sort de l’ancien régime en question**

Le scrutin s’est déroulé dans un contexte particulier, l’ancien parti au pouvoir, la Ligue Awami, ayant été exclu de la compétition électorale. Son ancienne dirigeante, Sheikh Hasina, qui a fui en Inde en 2024 après des semaines de manifestations réprimées dans le sang, a été condamnée à mort par contumace pour crimes contre l’humanité. Les membres du BNP ont d’ores et déjà annoncé leur intention de demander formellement son extradition aux autorités indiennes.

Derrière le BNP, le Jamaat-e-Islami s’impose comme la deuxième force politique avec 68 sièges, son meilleur résultat historique. En revanche, le Parti national des citoyens (NCP), dirigé par les jeunes activistes ayant joué un rôle central dans la chute de l’ancien régime, n’a remporté que six des trente sièges brigués.

**Une participation en hausse et des réformes constitutionnelles**

La Commission électorale rapporte une participation avoisinant les 60 %, une nette progression par rapport aux 42 % enregistrés lors du scrutin controversé de 2024. Outre le choix de leurs représentants, les électeurs se sont prononcés sur un référendum constitutionnel. Bien que les résultats officiels de cette consultation ne soient pas encore définitifs, les premières tendances indiquent une large approbation des réformes, incluant la limitation des mandats du Premier ministre à deux termes et le renforcement de l’indépendance judiciaire.

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