Le ministre de la Communication et des Relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement, Bakary Sarr, a appelé à une nouvelle étape de l’autorégulation des médias au Sénégal. Il met les journalistes face à leurs responsabilités, appelant à prévenir les fautes plutôt qu’à sanctionner.
Lors de l’installation du Tribunal des pairs du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED), ce mercredi 14 octobre, il a insisté sur la nécessité de renforcer la responsabilité des journalistes, de préserver la crédibilité de l’information et d’adapter les règles professionnelles aux mutations numériques, notamment à l’essor de l’intelligence artificielle.
Dans son discours d’ouverture, le ministre a souligné le rôle central du Tribunal des pairs dans la promotion de l’éthique et de la déontologie au sein de la profession. Il a invité ses membres à exercer leur mission avec indépendance, impartialité, discernement et courage.
« Votre désignation traduit la confiance que la profession place en vous. Mais cette confiance, c’est aussi une exigence », a-t-il déclaré, rappelant que les membres de cette instance auront à examiner les pratiques de leurs confrères et consœurs dans le respect des règles professionnelles.
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Pour Bakary Sarr, cette responsabilité exige de distinguer les actes professionnels des personnes qui les commettent. « Juger un acte professionnel n’est pas juger une personne », a-t-il insisté, appelant les membres du Tribunal à apprécier les faits avec équité, à entendre les parties concernées et à résister aux pressions.
Une autorégulation qui dépasse les sanctions
Le ministre estime que l’efficacité du Tribunal des pairs ne doit pas se mesurer uniquement au nombre de sanctions prononcées. À ses yeux, cette instance doit également contribuer à prévenir les manquements, à sensibiliser les professionnels et à restaurer la confiance des citoyens envers les médias.
Il a ainsi plaidé pour une autorégulation davantage préventive, pédagogique et prospective, capable d’accompagner les journalistes dans un environnement médiatique en pleine transformation.
L’intelligence artificielle, un nouveau défi pour les médias
L’essor des réseaux sociaux, des plateformes numériques, des webTV et des contenus produits par de nouveaux acteurs bouleverse les habitudes d’information. À cette évolution s’ajoute l’intelligence artificielle, qui offre de nouvelles possibilités de production, de traduction, de synthèse et de diffusion des contenus.
Mais ces avancées technologiques soulèvent également des questions éthiques et déontologiques, selon le ministre.
Il a notamment insisté sur la nécessité de vérifier rigoureusement les informations produites avec l’assistance de l’intelligence artificielle, de détecter les images manipulées et d’assumer pleinement la responsabilité éditoriale des contenus publiés.
Pour Bakary Sarr, l’autorégulation doit désormais intégrer ces nouvelles réalités, anticiper les dérives et définir des repères adaptés aux pratiques numériques. L’objectif est de préserver les principes fondamentaux du journalisme, notamment la vérification des faits, la responsabilité et la crédibilité de l’information.
Cette problématique était également au cœur de la leçon inaugurale présentée par le professeur Abdoulaye Sakho, autour du thème : « Régulation, autorégulation, enjeux et défis à l’essor de l’intelligence artificielle ».
Une réforme du secteur médiatique en perspective
Abordant les perspectives de réforme, le ministre a rappelé que la transformation du paysage médiatique ne saurait reposer sur un seul acteur. Elle doit, selon lui, prendre en compte plusieurs dimensions, la professionnalisation des acteurs, la restructuration du secteur, le renforcement des entreprises de presse, l’amélioration des conditions de travail, la formation, la régulation et l’autorégulation.
Il a également annoncé la poursuite des réformes, notamment à travers la prochaine révision du Code de la presse. Les conclusions des Assises nationales des médias et les concertations engagées avec les acteurs du secteur doivent contribuer à orienter ce processus.
Le ministre a toutefois prévenu que les réformes institutionnelles ne suffiraient pas sans une évolution des pratiques professionnelles. « La liberté de la presse ne peut être durablement forte que si elle est accompagnée d’une responsabilité professionnelle », a-t-il soutenu.
Le gouvernement réaffirme son engagement
Bakary Sarr a réitéré l’engagement du gouvernement à poursuivre ses responsabilités envers le secteur des médias, conformément aux orientations du président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
En dernière analyse, la tutelle a formulé le vœu de voir la nouvelle mandature du Tribunal des pairs ouvrir une nouvelle étape de l’autorégulation au Sénégal : plus proche des citoyens, plus présente dans l’espace numérique et mieux outillée pour accompagner les professionnels face aux défis technologiques.
« Le Sénégal a besoin d’une presse libre. Il a besoin d’une presse pluraliste. Il a besoin d’une presse économiquement viable. Mais il a également besoin d’une presse professionnelle, rigoureuse et responsable », a-t-il déclaré.
Pour le ministre, le renforcement de ces exigences est indispensable pour permettre aux journalistes de continuer à jouer pleinement leur rôle de vigie de la société et consolider la confiance entre les médias et les citoyens.




