Les récentes tensions au Moyen-Orient commencent à dicter l’agenda énergétique de l’Union européenne. Face à la flambée des prix mondiaux déclenchée par les frappes sur des infrastructures gazières majeures, Bruxelles a formellement interpellé ses États membres pour réorganiser la gestion de leurs stocks avant l’hiver.
Dans une lettre adressée samedi, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, a exhorté les pays de l’Union à commencer le remplissage de leurs réserves « le plus tôt possible ». Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette anticipation vise à atténuer la pression sur les prix et à éviter une précipitation à la fin de l’été. Pour y parvenir, le commissaire propose d’abaisser l’objectif de remplissage obligatoire de 10 points de pourcentage, le faisant passer de 90 % à 80 %. En cas de conditions difficiles, les pays membres pourraient même s’écarter de cet objectif jusqu’à 20 %.
Cette directive intervient quelques jours après l’attaque iranienne contre le complexe industriel qatari de Ras Laffan, une infrastructure qui fournit environ 20 % de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL). Cette opération s’inscrivait en représailles à une frappe israélienne sur le gisement gazier iranien de South Pars, dans le cadre de la guerre en cours depuis le 28 février. La compagnie publique QatarEnergy a précisé que ces frappes ont amputé de 17 % la capacité d’exportation de Doha, un déficit qui affectera les expéditions pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans.
Si le ralentissement frappera principalement les acheteurs asiatiques (Chine, Japon et Inde), qui absorbent 80 % du GNL qatari, l’Europe n’est pas épargnée. Bien que le continent ne tire que 9 % de son GNL du Qatar, il se retrouve mécaniquement exposé à une concurrence accrue sur les marchés mondiaux. À cela s’ajoute la perturbation du trafic des méthaniers quittant le Golfe par le détroit d’Ormuz en raison des hostilités.
Les conséquences financières sont déjà visibles. Les prix du gaz naturel dans l’Union européenne ont bondi de plus de 30 % depuis le début du conflit, tandis que les cours du pétrole ont grimpé de plus de 50 %. Dan Jorgensen a souligné que l’approvisionnement européen, majoritairement assuré par les États-Unis depuis l’arrêt des importations russes, reste « relativement protégé à ce stade ». Toutefois, en tant qu’importateur net, l’UE subit de plein fouet la volatilité des prix mondiaux, une situation qui, selon le commissaire, menace la sécurité régionale et justifie ces nouvelles mesures de précaution.