C’est un tournant majeur qui s’opère sur les plaines balayées par les vents de l’Euphrate, là où la terre porte encore les stigmates de chaque conflit traversé. Douze ans après le début de la fragmentation du pays, le gouvernement syrien vient de reprendre la main sur des infrastructures vitales, redéfinissant ainsi l’équilibre des forces et la structure même de l’économie nationale.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les forces gouvernementales ont pris le contrôle du champ pétrolier d’al-Omar, du complexe gazier de Conoco et du barrage de Tabqa. Ces installations, situées dans les gouvernorats de Deir Az Zor et de Raqqa, étaient jusqu’alors sous l’emprise des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes. Cette opération ne relève pas uniquement de la conquête militaire : elle découle d’un accord annoncé dimanche soir par le président syrien Ahmed al-Sharaa, marquant le retour des institutions étatiques dans l’est et le nord-est du pays.
**Une unification territoriale inédite depuis 2013**
La portée de cet événement dépasse la simple gestion des ressources. Pour la première fois depuis 2013, la Syrie se retrouve largement unifiée sous un seul gouvernement. Radwan Ziadeh, chercheur principal au Arab Center Washington DC, souligne que si le contrôle des ressources naturelles ne suffit pas à lui seul à redresser le pays, il constitue « un pas dans la bonne direction ». Cette avancée met fin à une décennie de division où le territoire était morcelé entre les factions de l’Armée syrienne libre, le gouvernement, et plus tard le groupe État islamique.
L’accord, dont les prémices remontent à mars 2025, prévoit l’intégration des FDS dans les structures de l’État tout en tentant de préserver une forme de gouvernance locale. Cependant, la mise en œuvre a pris du retard, et la dynamique sur le terrain a été accélérée par le basculement des tribus arabes locales. Lassées par l’administration des FDS et encouragées par Damas, ces tribus ont joué un rôle décisif dans ce transfert de pouvoir, isolant progressivement les forces kurdes.
**L’économie au cœur de la reconstruction**
La récupération de ces sites est cruciale pour la survie économique de la Syrie. Avant 2011, le pétrole et le gaz représentaient près de 20 % du PIB. Le barrage de Tabqa, quant à lui, est la plus grande installation hydroélectrique du pays, essentielle pour l’irrigation et l’électricité des écoles et des hôpitaux de la région.
Toutefois, le défi technique reste immense. Les infrastructures ont subi des dommages catastrophiques, estimés à plus de 800 millions de dollars pour le seul champ d’al-Omar, dont la production s’est effondrée. Comme le précise l’économiste Mohamad Ahmad, la réhabilitation de ces actifs nécessitera des investissements internationaux massifs. La capacité de Damas à rétablir rapidement les services de base sera déterminante pour maintenir la paix sociale dans ces régions fraîchement réintégrées.