Le procès de l’attentat contre Samuel Paty, qui se tient actuellement à Paris, traverse une nouvelle zone de turbulence. Après plusieurs incidents d’audience, un événement inédit impliquant l’actuel ministre français de l’Intérieur vient de modifier le cours des débats, entraînant une vive contestation de la part de la défense.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, Laurent Nuñez a adressé un courriel directement à la présidente de la cour d’assises spéciale de Paris depuis son adresse électronique personnelle. Auditionné par écrit en sa qualité d’ancien coordinateur national du renseignement, le ministre a utilisé ce canal privé pour « rectifier » ses propres déclarations, versées au dossier quelques jours auparavant.
Cette démarche s’inscrit en dehors du cadre procédural habituel. Les avocats d’Abdelhakim Sefrioui, condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, qualifient l’acte de « rarissime » et de « grave ».
Au cœur de ce rebondissement se trouve l’évaluation de la menace par les services de l’État avant l’assassinat. La défense cherche à démontrer que les autorités, bien qu’informées de l’existence de vidéos désignant le professeur, n’avaient pas anticipé un passage à l’acte. Interrogé par écrit sur ce point, Laurent Nuñez avait initialement répondu, selon Me Vincent Brengarth, que le fait de désigner publiquement une personne ne l’exposait pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité.
Pour les avocats de la défense, cette réponse initiale validait leur argumentaire : si l’État n’y voyait pas de danger imminent à l’époque, les accusés ne pouvaient pas non plus prévoir l’assassinat. C’est sur ce témoignage écrit précis que le ministre a souhaité revenir via son courriel personnel, envoyé dimanche soir et révélé à l’audience le lendemain matin.
Me Brengarth souligne l’irrégularité de la méthode. Il précise à Anadolu que si la présidente de la cour n’avait pas pris l’initiative d’en informer les parties, l’existence de ce message aurait pu rester inconnue. L’avocat pointe une contradiction dans le fonctionnement judiciaire, rappelant qu’une procédure complexe encadre la déposition d’un ministre, et estime que la procédure est désormais entachée d’une irrégularité lourde.
La juridiction spécialisée doit maintenant intégrer la gestion de ce contact direct et statuer sur la nouvelle déposition écrite attendue, dans le cadre d’un procès qui examine les responsabilités liées à la qualification d’association de malfaiteurs terroriste.