La Méditerranée centrale continue d’être le théâtre de situations critiques pour les candidats à l’exil. Dans la nuit du mardi 31 mars au mercredi 1er avril, une opération de secours menée par les autorités maritimes a mis en évidence les conditions extrêmes auxquelles font face les occupants des embarcations de fortune tentant de rejoindre l’Europe.
L’intervention s’est déroulée aux alentours de 3 heures du matin, à environ 135 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa, dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne. Les garde-côtes italiens ont porté assistance à un canot en difficulté, parvenant à secourir sept personnes, dont deux enfants. Cependant, à l’intérieur de l’embarcation, les secours ont retrouvé les corps sans vie de dix-neuf autres migrants.
Selon les informations rapportées par l’agence de presse Anadolu, les survivants ont été pris en charge sur l’île de Lampedusa. Le maire de la commune, Filippo Mannino, a précisé que ces rescapés présentaient des signes d’hypothermie ainsi qu’une intoxication liée aux fumées d’hydrocarbures. Les premiers éléments indiquent que les décès des dix-neuf victimes seraient directement imputables à cette même hypothermie, un état précipité par des pluies, des vents violents et des températures avoisinant les 10 degrés Celsius lors de la traversée.
Ce drame s’inscrit dans une séquence particulièrement meurtrière. Le week-end précédent, une autre embarcation transportant une soixantaine de migrants subsahariens avait chaviré peu après son départ de Sfax, en Tunisie. Le bilan de ce naufrage fait état de seize personnes secourues, dix-neuf corps repêchés et une vingtaine d’individus toujours portés disparus.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) relève une mortalité record en Méditerranée pour le début de l’année 2026. Entre le 1er janvier et le 31 mars, 831 décès ont été recensés sur cette route, soit le double des 415 victimes enregistrées à la même période en 2025. Ces chiffres pourraient s’alourdir, notamment en raison des conséquences de la tempête Harry survenue fin janvier. L’ONU évalue à au moins huit le nombre de bateaux ayant sombré durant cet épisode météorologique, tandis que des organisations non gouvernementales estiment le nombre de victimes à près d’un millier.
Arnaud Banos, chercheur au CNRS spécialiste des migrations maritimes, souligne que la pression exercée pour empêcher les départs pousse les passeurs à imposer des traversées dans des conditions météorologiques hivernales de plus en plus désastreuses pour les migrants.