Le prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus a officialisé, ce lundi, la fin de sa mission à la tête du gouvernement intérimaire. Une annonce qui ouvre la voie à l’installation d’une nouvelle administration élue, mais qui s’accompagne surtout de l’entrée en vigueur immédiate d’un cadre juridique validé par référendum, destiné à baliser strictement l’exercice du pouvoir à Dacca.
Revenu d’exil en août 2024 après le soulèvement étudiant qui a conduit à la chute de Sheikh Hasina, Muhammad Yunus s’apprête à transmettre les rênes du pays. Dans une adresse à la nation, le dirigeant de 85 ans a confirmé la démission de son équipe pour permettre l’investiture du nouveau gouvernement, prévue ce mardi. Pour le chef de l’exécutif sortant, cette transition marque l’aboutissement d’un processus démocratique qu’il qualifie d’exemplaire, une position confortée par les observateurs de l’Union européenne qui ont salué un scrutin « crédible ».
Les élections générales du 12 février ont largement tourné en faveur du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). La formation dirigée par Tarique Rahman a raflé la mise avec au moins 212 sièges sur les 300 que compte le Parlement, reléguant le Jamaat-e-Islami au rang de principale force d’opposition avec 77 sièges. Héritier d’une des dynasties politiques les plus influentes du pays, M. Rahman a immédiatement lancé un appel à l’unité nationale, affirmant que les divergences politiques ne devaient pas entraver l’intérêt supérieur de la nation.
Au-delà du changement de têtes, c’est la refonte institutionnelle qui constitue le fait majeur de cette séquence. En marge du scrutin législatif, les électeurs ont approuvé par référendum la « Charte de Juillet », un vaste paquet de réformes né des revendications du soulèvement de 2024. Ce texte, que Muhammad Yunus laisse en héritage, est désormais contraignant pour les vainqueurs. Il impose des changements structurels profonds, notamment la limitation des mandats du Premier ministre, la création d’une chambre haute au Parlement et un renforcement significatif de l’indépendance judiciaire.
Si Muhammad Yunus se félicite d’avoir « balayé les ruines et reconstruit les institutions », la mise en œuvre effective de ces réformes nécessitera encore une ratification parlementaire. D’après Al Jazeera, qui rapporte les propos de l’analyste politique Rezaul Karim Rony, le véritable défi pour la nouvelle équipe sera désormais de garantir la bonne gouvernance et la sécurité publique, afin de répondre concrètement aux aspirations de l’État de droit nées de la révolte populaire.