L’intérêt des marchés internationaux pour l’Afrique du Nord connaît un regain notable après une longue période d’incertitude. Alors que les réformes institutionnelles s’accélèrent, Tripoli devient à nouveau une destination privilégiée pour les investisseurs mondiaux, particulièrement dans le secteur des hydrocarbures. Le récent Sommet libyen de l’énergie et de l’économie (LEES), organisé dans la capitale, a servi de vitrine pour officialiser ce retour en force des partenaires étrangers. Selon les données relayées par l’agence Anadolu, cette dynamique s’appuie sur des résultats concrets que les autorités locales viennent de rendre publics.
L’indicateur le plus significatif de cette reprise réside dans les volumes d’extraction actuels. Le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah a confirmé que la production quotidienne de pétrole a franchi la barre des 1,37 million de barils en 2025. Ce seuil représente le niveau le plus élevé enregistré par le pays au cours des douze dernières années. Cette performance s’accompagne d’une décision administrative majeure : la finalisation, prévue pour la deuxième semaine de février, du premier appel d’offres pour l’exploration et la production de pétrole et de gaz depuis près de dix-sept ans.
Pour soutenir cette croissance, la Compagnie nationale de pétrole (NOC) a structuré un programme ambitieux impliquant une quinzaine d’entreprises. L’objectif affiché par le ministre du Pétrole et du Gaz, Khalifa Abdulsadek, est de mobiliser 20 milliards de dollars d’investissements pour accroître la production sur les cinq prochaines années. Cette stratégie inclut l’extension des contrats à 25 ans pour offrir une visibilité à long terme aux partenaires. Parmi les acteurs majeurs, TotalEnergies a validé un plan d’environ 2 milliards de dollars pour les champs de Waha et de Mabruk, tandis que l’américain Chevron et l’italien Eni renforcent leur présence, ce dernier ayant lancé des forages en eaux profondes dans le golfe de Syrte.
La coopération régionale joue également un rôle clé dans cette relance. Le ministre turc de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, s’est rendu à Tripoli pour coprésider la Commission économique mixte, une première depuis près de deux décennies. Cette visite a abouti à la signature d’un mémorandum d’entente couvrant les hydrocarbures et les mines. La Turkish Petroleum Corporation (TPAO) s’est engagée à mener des études sismiques sur 10 000 kilomètres dans des blocs offshore, illustrant l’approche « gagnant-gagnant » prônée par les deux nations.
Au-delà de l’énergie, cette embellie économique commence à irriguer d’autres secteurs vitaux. Les besoins en reconstruction ont favorisé la signature d’un accord de partenariat stratégique de 2,7 milliards de dollars pour la zone franche de Misrata. Les infrastructures portuaires, la production pharmaceutique et la gestion hospitalière font également l’objet de nouveaux contrats, dont un investissement de près de 2 milliards de dollars ciblé sur la ville de Benghazi.