Pourquoi Dakar a-t-elle réuni, le temps d’une journée, des gouverneurs de banques centrales, des régulateurs et de grandes institutions financières autour des crypto-actifs ? La capitale sénégalaise a accueilli la troisième conférence internationale de la BCEAO, consacrée aux opportunités et aux défis des innovations numériques pour la stabilité monétaire et financière en Afrique.
La rencontre s’est tenue à l’initiative du gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou. Autour des gouverneurs des banques centrales de la zone UEMOA, des représentants du Kenya, du Botswana, de Maurice, du Mozambique et de la Tunisie ont pris part aux échanges, avec des experts du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque des règlements internationaux. La présence de Lisa D. Cook, venue de Washington, a aussi marqué cette conférence.
À l’ouverture, le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a présenté les innovations numériques comme « une opportunité historique » pour des économies africaines longtemps marquées par la sous-bancarisation. Réduction des coûts de transaction, accélération des paiements, inclusion financière élargie, développement des fintechs : ces pistes ont été mises en avant, tandis que Sud Quotidien rapporte que les débats ont également porté sur la volatilité extrême des crypto-actifs, le blanchiment de capitaux, la cybercriminalité, le financement du terrorisme et le développement d’une finance parallèle échappant aux régulateurs.
Les échanges ont ensuite mis l’accent sur la souveraineté monétaire. L’essor de monnaies numériques privées pourrait réduire la capacité des banques centrales africaines à contrôler leurs politiques monétaires et leurs systèmes de paiement. Dans cette logique, Jean-Claude Kassi Brou a inscrit la conférence dans une stratégie de veille et d’anticipation de la BCEAO, après des éditions consacrées au changement climatique en 2024 puis à l’intelligence artificielle en 2025. Dans l’espace UEMOA, l’institution veut éviter une régulation fragmentée entre les huit États membres et avancer vers un cadre harmonisé à l’échelle régionale.
En marge de la conférence, le Sénégal a mis en avant sa propre stratégie numérique. Cheikh Diba a rappelé le lancement, en février 2025, du « New Deal Technologique », présenté comme une feuille de route destinée à faire du Sénégal un hub régional des services numériques à haute valeur ajoutée à l’horizon 2050. Cette stratégie s’appuie sur la souveraineté numérique, la protection des données, la dématérialisation des services publics, le développement de la fintech et de l’intelligence artificielle.
La conférence de Dakar a enfin élargi le débat à l’échelle du continent. Alors que les pays africains avancent encore avec des approches différentes sur les crypto-actifs, les travaux ont fait apparaître la recherche d’une convergence réglementaire. Les conclusions issues de Dakar pourraient servir de premières bases à une doctrine africaine commune sur les actifs numériques.