Alors que Paris et Berlin exigent son départ de l’ONU, une tribune de 100 personnalités vient contredire la version officielle

Les pressions diplomatiques s’intensifient autour du mandat de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés. Alors que plusieurs capitales européennes, dont Paris et Berlin, manœuvrent pour obtenir sa démission, un collectif international de plus de cent artistes et intellectuels vient de s’interposer publiquement pour défendre son action.

Le bras de fer diplomatique qui se joue dans les couloirs de l’ONU prend une tournure médiatique inattendue. Francesca Albanese, figure centrale de la documentation des violations des droits humains à Gaza, fait face à une offensive concertée de plusieurs gouvernements occidentaux. En réponse à ces appels à la démission, une lettre ouverte signée par plus de 100 personnalités du monde de la culture a été publiée ce samedi, apportant un soutien sans équivoque à la juriste italienne.

Dans ce document relayé par nos confrères d’Al Jazeera, le collectif « Artists for Palestine » qualifie Francesca Albanese de « défenseure des droits de l’homme et, par conséquent, du droit à l’existence du peuple palestinien ». Les signataires affirment représenter une majorité silencieuse qui refuse que « la force tienne lieu de loi ».

Des soutiens de poids face aux chancelleries

La liste des signataires comprend des noms particulièrement influents sur la scène internationale. On y retrouve les acteurs américains et espagnols Mark Ruffalo et Javier Bardem, la musicienne britannique Annie Lennox, ainsi que la romancière française et prix Nobel de littérature, Annie Ernaux. Cette mobilisation intervient à un moment critique pour la Rapporteuse spéciale, dont les récentes déclarations ont provoqué l’ire de la diplomatie française et allemande.

Au cœur de la controverse se trouve une intervention de Mme Albanese lors d’un forum organisé par Al Jazeera. Évoquant un « ennemi commun », ses propos ont été interprétés par ses détracteurs comme visant Israël. La diplomate a par la suite clarifié sa pensée sur les réseaux sociaux, précisant qu’elle faisait référence au « système qui a rendu possible le génocide en Palestine » et non à un État ou un peuple spécifique.

Paris et Berlin en première ligne

Malgré cette mise au point, la pression ne retombe pas. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a officiellement réclamé son départ, condamnant des propos qu’il juge « antisémites », « scandaleux et répréhensibles ». Une position rejointe jeudi par son homologue allemand, Johann Wadephul, qui a qualifié la position de la Rapporteuse d’« intenable ».

Pour Frank Barat, auteur et producteur membre du collectif de soutien, cette levée de boucliers diplomatique relève d’une contradiction. Il estime que les gouvernements occidentaux, tout en prônant le respect du droit international, s’attaquent à celle qui en souligne les manquements. « Parce que Francesca met en lumière cette hypocrisie, elle est ciblée par la plupart des gouvernements occidentaux », a-t-il déclaré à Al Jazeera.

Face à cette escalade, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé sa préoccupation. Marta Hurtado, porte-parole de l’instance, a indiqué vendredi que les experts indépendants de l’ONU faisaient de plus en plus l’objet « d’attaques personnelles, de menaces et de désinformation », détournant l’attention des violations graves des droits humains sur le terrain.

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