Engagé dans une vaste stratégie de diversification de ses partenaires économiques, le Premier ministre canadien Mark Carney doit composer avec une administration américaine dont les prises de position interrogent la diplomatie traditionnelle entre les deux pays. Au-delà des tensions commerciales et des menaces tarifaires récurrentes, c’est désormais sur le terrain de l’intégrité territoriale que Ottawa a jugé nécessaire de clarifier sa position vis-à-vis de Washington.
Les relations entre le Canada et son voisin du sud traversent une zone de turbulence marquée par des échanges acrimonieux. Jeudi, lors d’une rencontre avec les dirigeants provinciaux et territoriaux, Mark Carney a salué la signature de douze nouveaux accords économiques et de sécurité au cours des six derniers mois. Cette dynamique vise explicitement à réduire la dépendance d’Ottawa, alors que le président américain Donald Trump a multiplié les déclarations controversées, allant jusqu’à qualifier le Canada de « 51e État » et son Premier ministre de « gouverneur ».
Cependant, un développement rapporté par le Financial Times et relayé par notre source Al Jazeera a suscité une réaction directe du chef du gouvernement canadien. Des fonctionnaires du Département d’État américain auraient tenu trois réunions avec l’Alberta Prosperity Project, un groupe militant pour l’indépendance de cette province riche en pétrole de l’ouest canadien. Interrogé sur ces contacts diplomatiques inhabituels avec des mouvements séparatistes, Mark Carney a formulé une réponse sans équivoque.
« Nous attendons de l’administration américaine qu’elle respecte la souveraineté canadienne », a déclaré le Premier ministre, précisant qu’il est « toujours clair » sur ce point lors de ses conversations avec le président Trump. Cette mise au point intervient alors que Washington maintient une pression constante sur son voisin du nord.
Sur le plan économique, la tension se cristallise également autour de la Chine. Mark Carney a mis en avant un nouvel accord avec Pékin visant à réduire les prélèvements commerciaux, une mesure qui, selon lui, ouvre plus de 7 milliards de dollars de marchés d’exportation pour les agriculteurs et les pêcheurs canadiens. Face aux accusations de Donald Trump, qui craint que le Canada ne devienne un « port de débarquement » pour les produits chinois et menace d’imposer des droits de douane de 100 %, Ottawa a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas d’un accord de libre-échange.
Le Premier ministre canadien poursuit néanmoins sa quête de nouveaux débouchés, annonçant sa volonté de renforcer les liens commerciaux avec des géants mondiaux tels que l’Inde, l’ASEAN et le bloc sud-américain Mercosur. Cette orientation stratégique fait écho à son récent discours au Forum économique mondial de Davos, où il avait averti que l’ordre international fondé sur des règles laissait place à « une ère de rivalité entre grandes puissances ».