Affaire Lumumba en RDC : la justice belge tranche le cas du dernier suspect en vie 65 ans après les faits

Plus de six décennies après la mort du premier chef de gouvernement du Congo indépendant, le dossier judiciaire connaît un tournant décisif. Les instances judiciaires bruxelloises viennent de statuer sur l’implication d’un ancien haut fonctionnaire, marquant une étape majeure dans cette longue procédure portée par les descendants de la victime.

Le tribunal de Bruxelles a ordonné le renvoi en justice d’Etienne Davignon, âgé de 93 ans. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cet ancien diplomate et ex-commissaire européen devra répondre de ses actes lors d’un procès concernant l’assassinat de Patrice Lumumba, survenu le 16 janvier 1961 en République Démocratique du Congo (RDC). Sur les dix personnes initialement soupçonnées de complicité dans cette affaire, il est aujourd’hui l’unique suspect encore en vie.

Les procureurs belges accusent Etienne Davignon de crimes de guerre. Les charges retenues incluent sa participation à la détention illégale et au transfert de Patrice Lumumba, ainsi que la privation de son droit à un procès équitable. Il lui est également reproché d’avoir soumis le dirigeant congolais à des traitements humiliants et dégradants. Les poursuites s’étendent par ailleurs aux meurtres de Maurice Mpolo et Joseph Okito, deux alliés politiques de l’ancien Premier ministre.

Cette procédure judiciaire fait suite à une plainte déposée en 2011 par la famille de Patrice Lumumba. À l’annonce de la décision, Yema Lumumba, la petite-fille du dirigeant, a salué une étape importante vers la recherche de la vérité et l’établissement des responsabilités. L’avocat de la famille, Christophe Marchand, a qualifié cette ordonnance de victoire gigantesque, soulignant la complexité pour un État de juger ses propres crimes coloniaux.

L’assassinat de Patrice Lumumba, exécuté à l’âge de 35 ans dans la région du Katanga avec le soutien de mercenaires appuyés par la Belgique, a profondément marqué l’histoire de la décolonisation. Son corps avait ensuite été dissous dans l’acide. En 2002, une commission d’enquête parlementaire avait conclu à la responsabilité morale de la Belgique dans sa mort. Plus récemment, en 2022, les autorités belges ont restitué à la RDC le seul reste connu de la dépouille, une dent couronnée d’or, lors d’une cérémonie au cours de laquelle le Premier ministre de l’époque, Alexander De Croo, avait réitéré les excuses de son gouvernement.

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