Suite aux révélations du Financial Times sur un emprunt de 650 millions d’euros contracté par l’État du Sénégal, le ministère des Finances et du Budget a apporté ses éléments de réponse. Cette sortie officielle, diffusée de manière restreinte, défend la pertinence de l’opération tout en contournant un aspect central du montage financier.
L’information, initialement ébruitée par le quotidien britannique et reprise par Le Quotidien, fait état d’une levée de fonds de 426 milliards de francs CFA via des « Total return swaps » (TRS), impliquant notamment la First Abu Dhabi Bank. Face à la diffusion de ces données, les autorités ont opté pour une communication ciblée. Le document explicatif du gouvernement n’a été transmis en premier lieu qu’à un nombre limité d’organes de presse, dont Le Soleil, la RTS et Seneweb.
Sur le plan technique, les services de Cheikh Diba avancent trois arguments pour justifier le recours aux TRS. Le premier est d’ordre financier : l’opération offre un taux net d’environ 7,1 %, nettement inférieur aux 11 à 12 % exigés sur le marché des eurobonds après la dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s et S&P Global. Le deuxième argument repose sur la diversification des investisseurs étrangers, attirés par des garanties de change. Enfin, le ministère invoque la légalité de la démarche, soulignant que ces opérations s’inscrivent dans les lois de finances 2025 et ont été portées à la connaissance du Fonds monétaire international (FMI).
Toutefois, la note gouvernementale ne s’attarde pas sur l’élément le plus sensible soulevé par l’enquête internationale : la priorité de remboursement octroyée aux banques prêteuses. Ce rang de priorité supérieur, accordé via les montages TRS, place l’État dans une configuration qui pourrait s’avérer complexe vis-à-vis de ses autres créanciers multilatéraux dans l’hypothèse d’une restructuration de la dette.
Le communiqué officiel précise par ailleurs l’affectation de ces 426 milliards de francs CFA. Le gouvernement affirme que ces fonds ont été exclusivement dédiés à l’exécution du budget de l’année 2025. Le ministère dément toute utilisation de cette somme pour honorer l’échéance de l’eurobond de mars 2026, rappelant que les besoins de l’exercice 2026 font l’objet d’un plan de financement distinct et en cours d’exécution.