504 apparitions dans les fichiers Epstein : le rôle joué par le financier pour faire libérer un ex-ministre sénégalais

La récente déclassification de documents par le département de la Justice des États-Unis concernant le délinquant sexuel et financier Jeffrey Epstein révèle des ramifications inattendues sur le continent africain. L’analyse de plus de trois millions d’e-mails, photos et vidéos met en lumière un réseau de contacts réguliers entre l’Américain et plusieurs personnalités politiques de premier plan en Afrique.

Selon les données exploitées par le média Al Jazeera, ces archives judiciaires documentent des interactions avec des dirigeants et leurs proches au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Nigeria. La simple présence d’un nom dans ces fichiers n’indique pas automatiquement une implication dans des activités illicites, mais elle illustre l’étendue de l’influence du financier.

Pour le public sénégalais, l’élément central de ces documents concerne Karim Wade. Le nom de l’ancien ministre, fils de l’ex-président Abdoulaye Wade, apparaît à 504 reprises dans les fichiers divulgués. Une enquête de l’Organised Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), citée par Al Jazeera, précise que leur relation a débuté en 2010. Dans un e-mail daté de novembre de la même année, Jeffrey Epstein écrivait à un contact : « Le président du Sénégal envoie son fils me voir à Paris. »

Les documents retracent également une implication directe d’Epstein dans les suites du dossier judiciaire de Karim Wade. En 2015, après la condamnation de l’ancien ministre, les registres montrent que le financier a approché Thorbjørn Jagland, alors secrétaire général du Conseil de l’Europe, pour évaluer la possibilité d’introduire un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Les avocats de Karim Wade tenaient régulièrement Epstein informé des efforts déployés pour sa libération. À la suite de la grâce présidentielle accordée en 2016, Nina Keïta, nièce du président ivoirien Alassane Ouattara, a envoyé un message à Epstein : « Merci pour tout ce que vous avez fait pour lui !!!! »

Cette connexion ivoirienne constitue un autre axe majeur des fichiers. En 2012, Nina Keïta, ancienne mannequin et amie d’Epstein, a facilité une rencontre à New York entre ce dernier et Dramane Ouattara, le fils du président ivoirien. Ce réseau a ensuite permis d’introduire l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak auprès de la présidence ivoirienne. L’objectif de ces tractations, qui se sont poursuivies jusqu’en 2013, était de proposer à Abidjan un vaste système de surveillance mobile et internet évalué à 150 millions de dollars. Si Alassane Ouattara n’a finalement pas signé ce contrat en raison de son coût, les relations sécuritaires entre les deux pays se sont maintenues.

L’influence d’Epstein s’étendait également à l’Afrique australe. En mars 2010, il a organisé un dîner restreint à l’hôtel Ritz de Londres en l’honneur de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma. Des correspondances internes indiquent qu’une mannequin russe y avait été conviée pour ajouter du prestige à l’événement.

Plus au nord, au Zimbabwe, des échanges de courriels datant de 2015 montrent qu’Epstein prévoyait de rencontrer le président Robert Mugabe. L’ordre du jour portait sur une proposition de nouvelle monnaie pour le pays, alors frappé par une hyperinflation. Par ailleurs, des documents du FBI de 2017 incluent le témoignage non vérifié d’une source confidentielle affirmant qu’Epstein agissait en tant que gestionnaire de fortune pour le dirigeant zimbabwéen.

Enfin, les fichiers détaillent comment Ehud Barak, conseillé par Epstein entre 2013 et 2020, a tenté d’utiliser la crise sécuritaire liée à Boko Haram au Nigeria pour négocier des accords de cybersécurité. Epstein a également facilité des contacts de haut niveau pour Sultan Ahmed bin Sulayem, ancien président de la société émiratie DP World, afin de discuter de l’acquisition de concessions portuaires à Lagos.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire