Depuis le déclenchement des hostilités directes entre Israël, les États-Unis et l’Iran à la fin du mois de février, le territoire israélien essuie des frappes régulières. Alors que le bilan humain et matériel s’alourdit, le climat intérieur de l’État hébreu connaît une transformation radicale, marquée par une ferveur militaire qui réduit drastiquement l’espace accordé à la dissidence.
Officiellement, onze Israéliens ont perdu la vie dans les attaques iraniennes depuis le 28 février. Téhéran affirme avoir ciblé des sites militaires, l’aéroport Ben Gourion, Haïfa, ainsi que le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu — une revendication qualifiée de « fausses informations » par les autorités israéliennes. Malgré l’impact direct de ces tirs de missiles et de drones iraniens, la population affiche une adhésion massive à l’escalade militaire. Selon les données relayées par Al Jazeera, une enquête de l’Institut de la démocratie israélienne (IDI) indique que 93 % des Israéliens juifs soutiennent les frappes contre l’Iran. Le Premier ministre, historiquement clivant, bénéficie quant à lui d’un taux d’approbation de 74 %.
Cette dynamique s’accompagne d’une rhétorique officielle martiale. S’exprimant sur le site d’une frappe à Jérusalem-Ouest, Benjamin Netanyahu a comparé les Iraniens à Amalek, l’ennemi biblique que les Juifs avaient reçu l’ordre divin d’effacer de la surface de la terre. Dans ce contexte, les voix appelant à la paix font l’objet d’une répression physique et psychologique. Itamar Greenberg, un militant anti-guerre de 19 ans, rapporte avoir été passé à tabac et fouillé à nu illégalement par la police lors d’une manifestation, en plus d’être visé par une campagne de haine en ligne. Il y a six mois, des gardiens de prison l’avaient menacé de lui graver une étoile de David sur le visage en raison de son opposition à la guerre à Gaza.
Le phénomène dépasse les seuls militants associatifs pour atteindre la sphère politique. Le député Ofer Cassif, membre du parti de gauche Hadash, a confié à Al Jazeera être davantage inquiet face au risque d’agression physique par des fascistes qu’à la menace des missiles. Les opposants sont fréquemment accusés de soutenir le régime de Téhéran. Une allégation réfutée par le parlementaire, qui rappelle que les dirigeants israéliens soutenaient autrefois le Shah d’Iran, qu’il décrit comme un dictateur meurtrier au même titre que le régime actuel.
Pour l’analyste politique Ori Goldberg, basé près de Tel-Aviv, la société israélienne s’apparente désormais à un groupe engagé dans une guerre sainte, dépourvu de toute capacité de dialogue. Les militants pour la paix y sont traités avec le même mépris que des partisans de la théorie de la Terre plate, illustrant l’absence de juste milieu dans le débat public.